Et si les hommes aussi se posaient enfin les bonnes questions sur leur rapport au genre, aux autres et à eux-mêmes ? Pour mieux comprendre ce qui distingue deux courants de pensée relatifs, d’une part au féminisme, et d’autres part au masculinisme, de premières précisions s’imposent. Le féminisme est un mouvement social et politique qui revendique l’égalité des droits entre les femmes et les hommes. Il lutte contre les discriminations et violences sexistes, et cherche à déconstruire les stéréotypes de genre pour permettre à chacun·e de vivre librement, sans assignation ni hiérarchie. Le féminisme ne cherche pas à dominer les hommes, mais à rééquilibrer une société historiquement inégalitaire. Le masculinisme, au contraire, désigne un ensemble de discours et mouvements qui prétendent que les hommes seraient aujourd’hui victimes d’un système devenu féministe et oppressif à leur encontre. Ce courant va de simples revendications sur des sujets spécifiques (comme la garde d’enfants, ou l’image des pères divorcés) à des positions beaucoup plus radicales qui défendent la suprématie masculine en termes de revenus à compétences égales notamment, et rejettent les avancées féministes. C’est tout l’enjeu de Mecs in Progress, une bande dessinée sensible et percutante signée Lauraine Meyer, parue chez Steinkis Éditions. Dans son essai graphique, reflet de réalités qui apparaissent au grand jour, l’autrice met en scène Selma, Jim et Dédé, trois amis qui se lancent dans un parcours de remise en question collective. Leur objectif : comprendre comment les dynamiques sexistes se construisent et se perpétuent, et surtout comment s’en libérer pour devenir les hommes qu’ils souhaitent être. À travers des discussions franches, des maladresses touchantes et des prises de conscience progressives, ils explorent les nouvelles masculinités. Leurs échanges abordent autant les comportements de groupe que les attitudes dans le couple ou les stéréotypes intériorisés. Avec à la clé deux questions : Qu’est-ce que ça veut dire aujourd’hui être un « mec bien » ? Peut-on se dire féministe et reproduire malgré soi des schémas sexistes ? Lauraine Meyer, déjà remarquée pour son ton mordant et ses dialogues qui sonnent juste, signe ici un récit aussi drôle qu’émouvant. Elle interroge sans juger, offre des pistes de réflexion sans jamais tomber dans le discours moralisateur. Ce qui frappe dans Mecs in Progress, c’est la sincérité des personnages, leur envie de comprendre, de faire mieux, et de déconstruire les réflexes qu’on leur a appris. La BD s’adresse autant aux hommes qu’aux femmes. Elle rappelle que le féminisme n’est pas un combat réservé aux femmes et qu’il implique aussi de repenser la place et le rôle des hommes dans cette transformation collective. Car déconstruire les modèles virils, c’est aussi leur permettre de se libérer de carcans pesants et d’accéder à des formes d’expression plus justes et apaisées. À l’heure où les masculinités se redéfinissent lentement dans les débats publics, Mecs in Progress offre un regard intelligent et salutaire sur cette mutation. Un ouvrage à lire, à offrir et à débattre, pour mieux avancer ensemble. Dans Mecs in Progress, Lauraine Meyer prend le contre-pied du masculinisme : ses personnages masculins ne se considèrent pas comme des victimes, mais s’interrogent sur leur rôle dans une société qu’ils souhaitent plus égalitaire. La bande dessinée s’inscrit donc pleinement dans une démarche féministe inclusive et bienveillante, où hommes et femmes déconstruisent ensemble les mécanismes sexistes. Women eLife, magazine féminin indépendant ouvert sur le monde, animé par un homme journaliste, ne pouvait manquer l’occasion de vous faire un dessin sur ce mouvement de fond qui agite la société, et tend à faire bouger les lignes dans quasiment tous les pays du globe. Surtout, lorsque la consultation des diverses chroniques de ce magazine féminin, qui se passent de tout propos féministe ou masculiniste, visent tout simplement à promouvoir l’indispensable harmonie en termes d’idées, projets et actions, entre hommes et femmes, condition sine qua none d’une société en mesure d’avancer de concert dans le cadre d’un respect mutuel.