Chiens @Jean-Louis Fernandez
Si Lorraine de Sagazan, actrice et metteure en scène est bien la cousine de l’auteure-compositrice-interprète Zaho de Sagazan, le spectacle baptisé « Chiens » qu’elle a réalisé et est actuellement donné aux Bouffes du Nord, se situe à mille lieux de la célèbre chanson « Symphonie des éclairs » dont les paroles invitent à penser que le ciel est toujours bleu au-dessus des nuages.
Car force est de constater qu’en s’appuyant sur une importante affaire judiciaire, communément appelée « le procès du porno », sa pièce de théâtre met en cause l’extrême violence de l’industrie pornographique majoritaire, banalisant des atteintes graves à la dignité humaine. Au regard de ses présents spectacles, dans ce dernier la fiction répond au réel.
D’où l’avertissement affiché d’emblée avant la levée du torchon : « Images et propos à caractère pornographique / Violences sexuelles. Certaines scènes peuvent heurter la sensibilité des spectateurs. Déconseillé aux moins de 16 ans » : une formule qui invite spectateurs et spectatrices susceptibles d’être choqués par le spectacle à quitter la salle en fonction de leur ressenti.
A la différence de l’utopie, l’hétérotopie est bien réelle et possède une matérialité et une spatialité. Et c’est sans doute cette notion développée en 1967 par le philosophe postmoderne français, Michel Foucault, qui s’inscrit dans l’ancrage déconstructiviste, qui a inspiré Lorraine de Sagazan qui estime que l’art s’impose comme force d’action.
Après La Vie invisible, Un sacre et Léviathan, ce spectacle est le quatrième volet d’une série qui, partant de l’observation des béances du système social contemporain, emploie les moyens symboliques et performatifs de la fiction pour tenter de répondre à ce réel.
« Chiens » embarrasse notre idéal de justice ainsi que l’organisation et le conditionnement du système pénal contemporain. Il interroge l’histoire de notre regard par le prisme de l’industrie pornographique, par-delà le bien et le mal.
Le spectacle tente de remettre au centre les victimes inaudibles d’un système de représentations et d’opérer des points de bascule. La confrontation oxymorique entre la forme liturgique de la musique et son dialogue avec la pornographie met la violence à nu, tourne la norme en ridicule, conteste, reprend possession de ses conflits confisqués, s’affranchit.
Il interpelle à plus d’un titre porté par une mise en scène qui s’adjoint en fond sonore deux cantates de Bach adaptées par Othman Louati, auxquelles s’ajoute une musique originale qu’il compose, et où se mêlent un chœur hybride d’interprètes professionnels et amateurs accompagné par les musiciens de Miroirs Étendus.
Au regard des sujets au coeur de cette représentation théâtrale, Chiens tente de remettre au centre les victimes inaudibles d’un système de représentations générateur de violences et d’opérer des points de bascule. Il fallait oser ne pas se limiter à un aveu murmuré mais déployé à la lumière publique. Non d’un chien !
« Chiens » : à voir au théâtre des Bouffes du Nord du 5 au 14 février, avant une tournée dans plusieurs villes de France.
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