La presse italienne fait dernièrement grand cas de Beatrice Venezi, 35 ans, cette jeune cheffe italienne nommée directrice musicale du Théâtre de La Fenice de Venise. Appelée à prendre ses fonctions à partir d’octobre 2026, pour un mandat courant jusqu’en 2030, cette dernière s’est finalement vue refuser ce poste sur fond de polémique.
Pourtant, Nicola Colabianchi, surintendant de la Fondation du Théâtre de la Fenice, dont la fonction englobe celle de directeur artistique, la qualifiait de « rare figure féminine à occuper un rôle de premier plan dans le panorama des grandes maisons d’opéra internationales ».
Toutefois, force est de constater qu’en dehors de la mise en cause de ses réelles compétences, Beatrice Venezi, a été rattrapée par son CV jugé entre autres par le le critique lyrique Alberto Mattioli, dans Il Foglio : « indigne d’un directeur musical de ce qui, au XIXe siècle, avec La Scala et le San Carlo, formait la trinité des théâtres “d’excellence”.
À cela s’ajoutent les critiques de Cristiano Chiarot, ancien surintendant de la Fenice, qui, après avoir rencontré la cheffe, lui a reproché dans Il Manifesto « d’être jeune, déterminée et davantage reconnue pour son apparence physique plutôt que pour son esthétique musicale »
Mais un autre point mérite d’être mentionné. Selon certains, Beatrice Venezi aurait d’abord bénéficié de sa proximité avec Giorgia Meloni en ayant occupé un poste de conseillère auprès du ministre de la Culture. La Fondation de La Fenice ainsi que les syndicats affirment qu’aucune transparence n’a été donnée à la procédure et qu’aucun autre nom de candidat concurrent n’a été donné.Quelques jours seulement après l’annonce de sa nomination, une lettre des musiciens de l’orchestre en a exigé l’annulation.
Interrogée au sujet du prix que lui a coûté sa nomination à La Fenice, elle reconnait que c’était sans doute le prix à payer. En dehors d’une vidéo de 2022, dans laquelle on la voyait s’exprimer à la tribune lors d’une conférence de Fratelli d’Italia, le parti de la présidente du Conseil, ce qu’elle précise ensuite concernant Giorgia Meloni dans une interview accordée à la Nation a vraisemblablement contribué à son éviction.
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Admiratrice des femmes fortes, puissantes et compétentes, elle déclare que Giorgia Meloni qu’elle a bien connue avant sa carrière politique en est l’incarnation. La jugeant extrêmement compétente et influente, tant par son leadership que par sa volonté, elle précise avoir été heureuse lorsqu’elle a remporté les élections dans un pays patriarcal. Le fait qu’il s’agisse d’une femme, jeune et blonde… a bouleversé bien des clichés autour de la figure féminine et considère que son élection a marqué un grand moment de changement pour le pays ». Avant d’ajouter : « Le soutien venait de femme à femme, d’amie à amie ; ce n’était pas politique, car je ne me suis jamais impliquée en politique et cela ne m’intéresse pas ».
De plus, Beatrice Venezi a également été vivement critiquée en tant que fille de Gabriele Venezi, ancien leader du parti néofasciste Forza Nuova.
Interrogé par La Stampa, celui-ci a tenté de la défendre et explique : « Beaucoup ont écrit que ma fille Beatrice Venezi n’a pas les compétences pour la direction musicale du Teatro La Fenice de Venise parce qu’elle est la fille d’un voyou d’extrême droite, faisant référence à mon passé. Pourtant, j’ai cessé d’être actif en politique il y a 15 ans, pour éviter que cela ne soit un obstacle à sa carrière ».
Quoi qu’il en soit, il est des héritage lourd à porter que des mémoires n’oublient pas.
Giuseppe Vessicchio, chef d’orchestre habitué du Festival de la chanson italienne de Sanremo, a beau reconnaître les qualités de Beatrice Venezi et regretter les proportions prises par la polémique, il pointe du doigt un manque de communication, épinglant une : « nette déconnexion entre le gouvernement central, la municipalité et la profession artistique ».
Outre son amour pour Bueno Aires, où Beatrice Venezi s’est rendue à quatre reprises en 2025 avant d’autres engagements prévus cette année, interrogée par par Hernan Zenteno de La Nación sur les raisons de son éviction à la tête de l’orchestre philharmonique La Fenice et des ressentiments exprimés à son égard, elle explique le malaise actuel : « Il y a beaucoup de peur de l’autre, beaucoup de ressentiment social. C’est une période très particulière en Europe, et on la vit mieux ici à Bueno Aires. — C’est une période très particulière dans le monde… mais l’Europe est au cœur de tout cela, et, compte tenu des enjeux politiques et sociaux et des dynamiques internes des pays, nous vivons une période particulièrement intense ».
Cette turbulence européenne contraste avec l’accueil réservé à la cheffe sur la scène internationale. Alors que les tensions sociales et les dynamiques politiques saturent le débat en Europe, Beatrice Venezi trouve, semble-t-il, un souffle artistique apaisé de l’autre côté de l’Atlantique. C’est ce que suggère cet extrait, filmé au Teatro Colón de Buenos Aires, où la direction de Beatrice Venezi semble avoir fait l’unanimité – un moment de grâce que Women eLife a souhaité partager avec vous.
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