Bien que le Liban traverse actuellement, une nouvelle fois, une sinistre période de son histoire sur fond de guerre entre Israël et le Hezbollah, il est des idées et des actions de personnages qui confirment dans ce pays une résilience sans faille et nourrissent l’espoir de perspectives encourageantes.
Tel est le cas d’Anastasia Elrouss, architecte libanaise, plusieurs fois primée pour ses créations architecturales et projets d’urbanisme.
Ses propos tenus quelques années auparavant méritent, à plus d’un titre, d’être mentionnés par Women eLife, magazine féminin ouvert sur le monde : « La véritable égalité des sexes ne pourra se réaliser que lorsque chaque femme active sera pleinement intégrée au monde du travail, sur un pied d’égalité. »
L’architecture moteur d’égalité
Pour Anastasia Elrouss, les enjeux architecturaux, urbains, paysagers et culturels sont indissociables. Une réalité qui l’a conduite, en sa qualité de membre du jury du prix Appel à idées de la Biennale de Bordeaux Métropole édition 2017, à fonder l’ONG Warchée qui prône l’égalité des sexes sur le lieu du travail.
Comme elle l’explique clairement : « Le projet Warchée – qui signifie chantier, en arabe, est né de plusieurs rencontres entre des femmes qui, autrement, ne se seraient jamais croisées. Or, le fait que des femmes étudient l’architecture, l’ingénierie, l’urbanisme, mais se rendent rarement sur les chantiers ou participent aux décisions concernant l’aménagement des quartiers et des villes est alarmant. »
Car le rôle que peuvent jouer des femmes artisanes ou travailleuses, trop peu présentes dans le secteur de la construction, constitue un manque dommageable qui se doit d’être corrigé. D’où l’intérêt de Warchée, qui initie des femmes de tous âges à l’univers de l’artisanat et de la construction, alors qu’elles n’y ont pas accès en raison de contraintes de revenus, de perceptions sociales et culturelles, ou de leur lieu de résidence.
Les objectifs de cette organisation visent donc à créer des opportunités d’emploi en soutenant les femmes dans l’accès aux métiers traditionnels du BTP et en leur offrant la possibilité de se développer, d’acquérir leur indépendance financière et de gagner en confiance.
La fondation permet d’établir des partenariats et des collaborations avec les entreprises du BTP qui trouvent ainsi la possibilité de recruter des candidates qualifiées. Une action qui s’appuie sur le développement des techniques de construction pratiques et accessibles à tous, pour les chantiers privés et publics.
PROJET DE Tour MM : POUMON URBAIN DE Beyrouth
En privilégiant l’initiative d’Anastasia Elrouss, Women eLife ne peut omettre d’apporter la démonstration que cette architecte déterminée aux compétences reconnues compte à son palmarès bien des opérations spectaculaires qui lui ont d’ailleurs valu à la fois un vif succès et une authentique reconnaissance à grande échelle.
C’est précisément cette philosophie d’inclusion qui trouve son incarnation la plus spectaculaire dans le projet de la Tour Résidentielle MM.
Il s’agit d’un éco-village situé à l’intersection de deux rues à Chyah, en banlieue de Beyrouth. L’immeuble est conçu comme un « repère végétal vertical à la structure unifiée, dont les façades multicouches forment une enveloppe translucide protectrice vis-à-vis de la rue et des bâtiments environnants ».
Il offre des solutions résidentielles et procure aux habitants une nouvelle façon d’habiter l’environnement urbain, en s’élevant du sol comme un unique élément végétal vertical, au-dessus de l’agitation urbaine.
Ce projet pilote vise à estomper les frontières entre les diverses communautés du vaste contexte urbain afin de favoriser une plus grande unité entre les personnes, au-delà de leurs appartenances culturelles, politiques, religieuses et économiques.
Un éco-VILLAGE au service de la résilience
Implanté sur un terrain rectangulaire de 900 mètres carrés, il se composerait de 14 plateaux superposés autour d’un noyau central végétalisé et ouvert. Le rez-de-chaussée et le sous-sol, loués par l’ONG Warchée, abriterait des ateliers d’agriculture et de menuiserie destinés aux femmes.
Inspiré par la culture de la famille élargie libanaise et le concept de village vertical, ce système de logements sur mesure ne proposerait pas de plan préétabli, mais créerait un volume, favorisant ainsi une mixité sociale et économique verticale.
Outre l’introduction de jardins écologiques verticaux, les quatre façades de la structure abriteraient des jardins potagers de poche et des terrasses linéaires végétalisées. Ces espaces agiraient comme des zones tampons pour les espaces intérieurs privés en créant une interaction directe avec le quartier très dense de Chyah.
En dehors d’une grande diversité de programmes verticaux, le bâtiment proposerait notamment des espaces dédiés à la menuiserie, des ateliers de jardinage et d’entretien, des cours de cuisine pour femmes, des espaces de vente de micro-pousses, de salades et de fleurs comestibles, des logements haut de gamme et plus abordables. L’escalier principal, entièrement ouvert et habillé de jardins verticaux, constituerait un lieu de rencontre convivial pour les habitants.
Afin de promouvoir l’égalité des sexes au Liban, l’agence beyrouthine Anastasia Elrouss Architects avance son projet d’éco-village vertical : « poumon urbain de Beyrouth ».
Au-delà de ses prouesses techniques — panneaux photovoltaïques, gestion de l’eau et sites satellites connectés — ce projet est plus qu’une simple déclaration d’intention.
En intégrant l’autonomie énergétique et la production agricole au cœur même de l’habitat urbain, Anastasia Elrouss ne se contente pas de concevoir une tour ; elle esquisse les contours d’un Liban de demain : résilient, solidaire et résolument tourné vers l’avenir, malgré les blessures du présent.
En attendant, comme le rapporte le quotidien libanais L’Orient le Jour, l’entreprise sociale fondée par cette architecte poursuit une double ambition : fabriquer des pièces en bois de haute qualité et former des femmes en situation de précarité à un métier encore peu accessible.
Actuellement niché dans le secteur industriel du Fleuve de Beyrouth, l’atelier de Warchée montre une quinzaine de femmes, revêtues d’impeccables tenues, s’affairer dans un espace dédié à des travaux de précision du bois, au milieu du vacarme des machines et de l’odeur enivrante des diverses essences de bois fraîchement coupé.
Nul doute que ces femmes menuisières, comme beaucoup d’autres Libanaises, attendent avec espoir la concrétisation du projet de Tour Résidentielle MM d’Anastasia Elrouss, tant le concept architectural s’annonce prometteur.
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