URSULA VON DER LEYEN REDORE SON BLASON EN SCELLANT UN ACCORD ENTRE l’UE ET L’INDE

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Souvent critiquée pour ses prises de position, notamment sur le Mercosur qui divise les États membres,  la présidente de la Commission européenne peut néanmoins aujourd’hui s'enorgueillir d’avoir effectué un voyage...

Souvent critiquée pour ses prises de position, notamment sur le Mercosur qui divise les États membres, la présidente de la Commission européenne peut néanmoins aujourd’hui s’enorgueillir d’avoir effectué un voyage d’affaires qui lui a permis de ramener dans ses bagages un projet d’ accord de libre-échange prometteur. 

Alors que l’Europe semblait s’isoler en matière de relations commerciales au niveau international, cet accord de libre-échange signé avec l’Inde est bienvenu. Surtout à l’heure où les rivalités entre grandes puissances font trembler les pays en mal de compétitivité et d’ouverture de marchés. Le poids et les pouvoirs de la Chine, tout comme les nouvelles règles de la stratégie commerciale des Etats-Unis dont la rivalité n’est plus à démontrer, illustrent le malaise ambiant. Il est vrai qu’en infligeant abusivement des droits de douane aux pays ne partageant pas sa vision du monde, Donald Trump jette le trouble sous couvert de son « Make America Great Again », au risque de briser une alliance que beaucoup pensaient inébranlable.

Si ces deux puissances agitent les marchés, l’Inde plus discrète, bénéficie de nombreux atouts. Avec son 1,5 milliard d’habitants, ce pays enregistre une très forte croissance, de 8,2 % en glissement annuel au dernier trimestre. Le Fonds monétaire international (FMI), estime que ce pays devrait rafler cette année au Japon le titre de quatrième économie mondiale, derrière les Etats-Unis, la Chine et l’Allemagne. Sur le plan démographique, l’Inde qui dispose d’une population jeune, connaît un taux de natalité à faire rougir son voisin chinois. De plus, recherches et développement, figurent bien au programme. Face aux 450 millions d’habitants de l’UE, l’Inde forte de 1,4 milliard d’Indiens  couvre environ 25 % du produit intérieur brut (PIB) et un tiers du commerce mondial.

Aussi, faut-il saluer le vaste accord de libre-échange commercial qui a été scellé après deux décennies de négociations discontinues et d’ultimes tractations entre négociateurs représentant ‍l’Inde et l’Union européenne.

Mais en quoi cet accord présente t’il un réel intérêt pour les parties signataires ? Tout d’abord, il évite les sujets qui fâchent, les produits agricoles tels que le soja, le bœuf, le sucre, le riz et les produits laitiers étant exclus de cet accord commercial. Ensuite, il offre à l’Europe une nouvelle fenêtre sur le monde dans le cadre des échanges commerciaux, en dispensant d’un recours systématique aux produits made in USA.

Pour l’UE, il présente plusieurs avantages. Il en va ainsi de la réduction drastique des taxes indiennes sur la quasi-totalité des importations européennes, en particuliers celles frappant les voitures, le vin et les pâtes. Les droits de douane indiens sur les véhicules doivent ainsi passer de 110 % à 10 %, ceux sur les vins baisser de 150 % à 20 % et ceux sur les pâtes ou le chocolat, actuellement à 50 %, être totalement supprimés, selon Bruxelles, qui estime à 4 milliards d’euros le montant annuel de la réduction de ses taxes.

Bien qu’il y ait lieu de se réjouir de ce rapprochement entre l’Inde et l’Europe, il sera nécessaire de faire preuve de patience avant la signature officielle et l’entrée en vigueur de cet accord de libre-échange. Ce dernier nécessitera une phase d’examen juridique d’une durée de l’ordre de cinq à six mois, ce qui laisse augurer une véritable mise en œuvre d’ici un an. Reste à savoir si cet accord de libre-échange UE-Inde ne se heurtera pas lors de son examen à Bruxelles aux mêmes difficultés que celles rencontrées avec le Mercosur.

Le pari gagnant/ gagnant dont se veut porteuse la stratégie de main tendue entre l’UE et l’Inde, s’inscrit comme la nouvelle donne d’enjeux commerciaux mondiaux qui ne laisseront pas sans réactions, ceux qui depuis déjà longtemps s’emploient à battre des records, et n’hésitent pas à recourir à de multiples stratégies pour augmenter leurs gains et confirmer leur suprématie.

Quoi qu’il en soit, Ursula Von Der Leyen, présidente de la Commission européenne aurait tort de ne pas afficher sa satisfaction en ayant été à l’occasion de l’accord de libre échange, l’incarnation d’une Union européenne pleine de ressources, sachant rebondir.

Si cette main tendue vers New Delhi est une victoire diplomatique indéniable, le plus dur reste à faire : transformer l’essai devant un Parlement européen de plus en plus sourcilleux sur les clauses de réciprocité. La lune de miel entre Bruxelles et l’Inde résistera-t-elle à l’épreuve de la ratification ?

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