C’est en regardant mardi soir l’émission 28 minutes, animée par Élisabeth Quin sur la chaîne franco-allemande Arte, que nous avons découvert Céline Gréco. Aujourd’hui cheffe du service de médecine de la douleur et de médecine palliative de l’hôpital Necker-Enfants malades (AP-HP), cette femme est également responsable d’une équipe de recherche à l’Institut Imagine. Elle mène, à travers diverses associations, des actions remarquables pour venir en aide à une jeunesse victime de facteurs générateurs de dégradation de sa santé mentale.
De son livre La Démesure, publié sous le pseudonyme de Céline Raphaël, il a bien sûr été question. Bien qu’appartenant à un milieu aisé, son récit autobiographique décrit une enfance maltraitée, l’asservissement à un père tyrannique et le silence assourdissant de sa propre mère, dont elle ne sortira qu’après la rencontre d’une infirmière scolaire.
L’occasion pour Women eLife, qui se faisait l’écho dans une récente chronique de la loi intégrale contre les violences sexuelles et sexistes faites aux femmes et aux enfants, d’évoquer ces situations qui, pour diverses raisons, transforment de trop nombreux enfants et jeunes en victimes de persécutions, ces derniers se heurtant concomitamment à un manque criant de structures d’accompagnement et de soins destinées à leur venir en aide.

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D’où l’intérêt du regard porté par cette femme, elle-même confrontée à la maltraitance durant son enfance au sein de son milieu familial. Devenue plus tard médecin, elle s’attache depuis lors à apporter à cette enfance et à cette jeunesse menacées les moyens d’éviter les risques d’exclusion, à travers le déploiement de réels soutiens humains et matériels visant à permettre la sortie d’une impasse dont les conséquences s’avèrent souvent délétères.
En décrivant sous pseudonyme son propre parcours d’enfant jonché de maltraitance dans son livre La Démesure, Céline Gréco témoigne de son engagement pour lutter contre ce fléau. Elle a tout d’abord fondé l’association IM’PACTES, qui a pour objectif d’accompagner des enfants, des adolescents et des jeunes majeurs jusqu’à 25 ans confiés à l’ASE. Ses actions concernent leur santé, leur scolarité, leur accès à la culture et leur insertion professionnelle. C’est d’ailleurs dans le cadre de sa démarche qu’elle a également impulsé la création des centres d’appui à l’enfance Asterya.
Comme elle le rappelait fin 2025 en répondant aux questions de la commission d’enquête sur les défaillances des politiques publiques de prise en charge de la santé mentale et du handicap et les coûts de ces défaillances pour la société :
« Ces structures, dont la première a été inaugurée à Paris en décembre dernier, sont des centres de santé dédiés aux enfants victimes de violences et confiés à l’ASE. Les enfants y bénéficient d’un bilan de santé somatique et psychique, qui demeurent aujourd’hui insuffisamment pris en charge et mal connus, et d’un parcours de soins coordonné, gradué et expert pour les aider à dépasser le trauma. »
Cet engagement associatif de la chercheuse est en train de se traduire en politique publique : en lien avec le ministère de la Santé, des Familles, de l’Autonomie et des Personnes handicapées, l’ouverture d’autres centres a été annoncée à Bordeaux, Strasbourg, Grenoble, Toulouse ou Marseille.
L’aide sociale à l’enfance (ASE), dont il est question ici, est un acteur central de la politique de protection de l’enfance en France. Ce service assure la sécurité, la santé et le développement des mineurs en danger ou en risque de l’être. Il soutient les familles confrontées à des difficultés éducatives, sociales ou matérielles et peut également mettre en place des mesures dans le cadre du milieu ouvert ou du placement.
En 2023, l’aide sociale à l’enfance a permis à 384 900 mineurs et jeunes majeurs de moins de 21 ans de bénéficier d’au moins une mesure d’aide sociale à l’enfance.
Concernant plus précisément l’importance que revêt la santé mentale des jeunes confiés à l’aide sociale à l’enfance, Céline Gréco souligne que les données disponibles sont alarmantes, puisqu’elles montrent qu’un jeune sur deux présente des troubles psychiques. Près de 40 % d’entre eux souffrent de troubles du sommeil et plus de 55 % manifestent des troubles du comportement. De plus, il est constaté que l’aggravation progressive de ces troubles non pris en charge, combinée aux problèmes somatiques, entraîne une perte d’espérance de vie de 20 ans.
Women eLife ne reviendra pas plus en détail dans cette chronique sur les différentes pistes d’amélioration qui lui apparaissent indispensables. Consciente qu’une seule mesure ne résoudra pas l’ensemble des problèmes de santé mentale des jeunes en France, elle considère néanmoins, au vu de son expérience personnelle, que le remboursement sans condition des soins psychologiques représente la véritable priorité. Elle ajoute que cette mesure doit nécessairement s’accompagner d’une amélioration de l’accès aux CMP et d’une renaissance de la médecine scolaire. À l’instar des centres d’appui qui ont été créés, elle affirme que c’est en réalité tout un système qui doit évoluer.
Autant d’informations et d’actions qui inciteront celles et ceux qui s’intéressent à la santé mentale des enfants et des jeunes, tant pour des raisons professionnelles que personnelles, à se procurer le récit autobiographique de cette femme médecin, dont l’engagement sans faille s’explique à la lecture de La Démesure.

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