Le 31 mars 2023, la rédaction de Women eLife ne s’y était pas trompée en publiant une chronique toujours consultable intitulée : « L’HISTOIRE D’ELIZABETH HOLMES SOURCE D’INSPIRATION POUR LE 7e ART ».
La sortie aux États-Unis du documentaire « You Can See Everything », réalisé par Nathan Fielder et Lance Oppenheim, qui ont suivi Elizabeth Holmes et son compagnon Billy Evans chez eux pendant 34 jours avant le début de son incarcération au Texas en 2023, témoigne de l’intérêt que présente l’histoire de cette jeune femme, dont le charme a sans doute contribué à son pouvoir de persuasion. Car Holmes était parvenue à attirer des investisseurs, et non des moindres, autour de Theranos, la start-up qu’elle avait créée. Elle affirmait détenir la solution miracle permettant de détecter toutes sortes de maladies en ne prélevant qu’une simple goutte de sang.
Mais il s’agissait d’un « conte de fées » aux multiples répercussions, qui fit scandale.
En 2022, un jury fédéral reconnut Elizabeth Holmes coupable d’un complot en vue de commettre une fraude par voie électronique contre des investisseurs et de trois chefs d’accusation de fraude par voie électronique portant sur des investissements totalisant plus de 140 millions de dollars. Lors de son procès pénal, le jury l’acquitta néanmoins d’une autre accusation de complot et de trois chefs d’accusation de fraude par voie électronique concernant des patients de Theranos, dont certains avaient témoigné au procès.
Outre sa peine de 11 ans de prison, Elizabeth Holmes et son ancien compagnon, Sunny Balwani, directeur des opérations de Theranos, ont été condamnés conjointement à verser 452 millions de dollars aux victimes.
Holmes devrait être transférée dans un centre de réinsertion près d’Austin, au Texas, en août 2027. Sa libération conditionnelle devrait avoir lieu en 2030.
Alors, comment expliquer le succès remporté aux États-Unis par ce documentaire, qui devrait être projeté en salles en France en fin d’année, voire début 2027, et dans lequel Elizabeth Holmes apparaît toujours capable de défendre sa supposée phénoménale découverte en matière d’analyse sanguine ?
La réponse est apportée dès les premières minutes de ce saisissant documentaire, qui dure près de trois heures, lorsque Fielder interroge Elizabeth Holmes sur son ancienne entreprise, Theranos, et lui demande si elle a induit les investisseurs en erreur en leur faisant croire à l’efficacité de la technologie qu’elle entendait promouvoir.
À cette question, Holmes refuse d’admettre avoir induit les investisseurs en erreur. Et quand il lui est ensuite demandé si elle a déjà menti dans sa vie, elle répond sans sourciller : « Je ne crois pas », laissant Fielder, qui l’interroge, visiblement stupéfait. Mais lorsque le documentariste poursuit son entretien et lui demande, par exemple, si elle a déjà dit « un petit mensonge » pour se défiler face à ses amis et connaissances, Elizabeth Holmes reconnaît : « C’est fort probable… »
Le personnage d’Elizabeth Holmes et son histoire, auxquels Women eLife a consacré plusieurs chroniques, conduisent à s’interroger : comment une conviction individuelle peut-elle continuer à s’imposer, même lorsque les faits qui auraient dû la soutenir se sont effondrés ?
Une question qui dépasse le seul cas de cette femme et se pose avec la même acuité aux responsables politiques, aux entrepreneurs, aux investisseurs, aux médias et, finalement, à chacune et chacun d’entre nous.
NB : En 2003, Elizabeth Holmes dépose un brevet pour un appareil de suivi et de dosage de médicaments intégré à un téléphone portable. Elle abandonne ses études et crée la société Theranos. Les activités de l’entreprise sont centrées sur une méthode d’analyse sanguine présentée comme entièrement automatisée, rapide et peu coûteuse, qui permettrait de réaliser plus de 1 000 analyses en quelques heures à partir d’une goutte de sang.
Theranos établit un partenariat avec la chaîne de pharmacies Walgreens Co., permettant d’effectuer des tests sanguins en pharmacie.
En 2014, Elizabeth Holmes fait la une de Forbes, BusinessWeek et Fortune. Elle est régulièrement comparée à Steve Jobs, le fondateur d’Apple. Elle est présentée comme une prodige, notamment par l’ancien président Bill Clinton, et comme une visionnaire par le vice-président Joe Biden.

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