Dimanche, nous avons comme vous appris la disparition de Nathalie Baye. Cette triste nouvelle qui impose le silence avant les mots a conduit Women eLife, à ne pas la relayer compte tenu des nombreux échos auxquels elle a donné lieu dans les médias. Nous avons choisi de privilégier le recueillement avant de saluer, la femme, l’actrice, et l’immense artiste qu’elle fut, mais aussi d’aborder un point essentiel.
Son décès, survenu paisiblement à son domicile à l’âge de 77 ans, des suites de la maladie à corps de Lewy, nous renvoie à une réalité à la fois intime et sociétale : celle de la fin de vie. Le choix, pour cette grande dame du cinéma, de terminer son parcours chez elle, entourée des siens, résonne avec une force particulière dans la chronique consacrée aujourd’hui à l’Hospitalisation à Domicile (HAD).
Si l’HAD est souvent perçue par le prisme de la technicité médicale, elle est avant tout une promesse d’humanité : celle de préserver l’intégrité de son espace personnel jusqu’au bout.
Le parcours de Nathalie Baye nous rappelle, avec pudeur, que le domicile n’est pas seulement un lieu de vie, c’est aussi le dernier rempart de la dignité. En consacrant notre chronique aux femmes — infirmières diplômées d’État, infirmières puéricultrices, aides-soignantes, coordinatrices pédiatriques et obstétricales — votre magazine féminin indépendant ouvert sur le monde souhaite mettre en lumière celles qui rendent ce choix possible.
L’occasion pour Women eLife, de rendre modestement, un dernier hommage à l’exigence et à la sincérité de Nathalie Baye, figure emblématique du cinéma français.
Face à la saturation des structures hospitalières, l’HAD modèle de soins en plein essor dont on ne peut qu’encourager le développement.
Le concept de soigner à domicile pour éviter l’isolement hospitalier a été théorisé et expérimenté avec succès dans les pays anglo-saxons (États-Unis, Royaume-Uni) dès le début du XXe siècle, et la France n’a pas tardé à emboîter le pas pour humaniser les soins.
C’est en 1951, sous l’impulsion du Professeur Siguier à l’hôpital Tenon, qu’ont été lancées les premières expérimentations qui ont abouti à la création de l’HAD au sein de l’Assistance Publique en 1957.
Aujourd’hui, il s’agit d’un pilier du système de santé. L’HAD permet aux patients (atteints de pathologies lourdes ou chroniques) de rester dans leur cadre de vie habituel, entourés de leurs proches, tout en bénéficiant de soins hospitaliers coordonnés. Elle offre une alternative à l’hospitalisation conventionnelle, avec suivi médical rigoureux. Elle améliore la qualité de vie des patients et de leurs familles. Le recours aux objets connectés, à la télésurveillance sécurise la prise en charge.
Faut-il rappeler que le secteur de la santé et du soin est, en France, très largement féminisé, sachant qu’environ 87% de femmes exerçent la profession infirmière et que la féminisation de nombreuses spécialités est également observée. Mais au-delà des chiffres, les compétences des femmes qui font la force de l’HAD reposent sur un triptyque :
L’Intelligence Relationnelle : L’HAD demande bien plus que des gestes techniques. Il faut savoir « entrer chez l’autre », respecter l’intimité, rassurer les familles, et adapter les soins à l’environnement du patient. C’est une compétence où l’empathie, souvent mise en avant dans les profils féminins, joue un rôle thérapeutique crucial.
La Maîtrise Technique : Il est important de casser le cliché de la « douceur » comme unique qualité. L’infirmière ou l’aide-soignante en HAD est une technicienne de haut vol : perfusion complexe, chimiothérapie, soins palliatifs, gestion de dispositifs médicaux… Elle travaille souvent en autonomie totale, loin du plateau technique de l’hôpital.
La Force de Coordination : L’HAD est un travail d’orchestre. Les femmes qui y travaillent sont souvent les pivots, faisant le lien entre le médecin traitant, la famille, le pharmacien, le kinésithérapeute, et le médecin hospitalier. C’est un rôle stratégique.
L’HAD évite le « lit bloqué » à l’hôpital pour des soins qui peuvent être prodigués ailleurs, ce qui libère des ressources pour les cas les plus lourds.
Elle permet un transfert de compétence (et de responsabilité) vers le domicile. Elle joue un rôle majeur dans la fluidification des parcours de soins. En évitant les ruptures de charge (ex: réhospitalisations inutiles), l’HAD stabilise le patient et, in fine, réduit le coût global de sa prise en charge sur le long terme.
Alors que l’avenant à la convention des infirmiers libéraux, signé fin mars 2026, vient enfin revaloriser certains actes (la séance de soins passant de 16€ à 21€), la réalité du terrain est assombrie entre autres en raison de la très forte augmentation des prix des carburants liée à la guerre au Moyen-Orient et au blocage du détroit d’Ormuz.
D’où un paradoxe criant qui veut qu’on trouve d’un côté, une reconnaissance conventionnelle historique (l’avenant de mars 2026 qui valorise enfin l’expertise infirmière), et de l’autre, une exclusion totale des plans de soutien gouvernementaux face à la flambée du pétrole. Il est compréhensible que les indemnités kilométriques soient jugées obsolètes par la profession, les aides d’État étant ciblées sur les transporteurs routiers et les agriculteurs, tout en ignorant totalement la situation des soignantes.
Or il y a urgence, une infirmière libérale parcourant en moyenne entre 80 et 200 kilomètres par jour.
Ignorer le coût de leurs déplacements, c’est mettre en péril l’accès aux soins dans les zones étendues et mettre à mal un système de soins à domicile HAD dont l’efficience n’est plus à démontrer.
Rendre hommage à des femmes professionnelles de santé dévouées qui viennent en aide aux patients dénonce le concept du « Sauve qui peut » titre du film de Jean-Luc Godard, (1980), qui avait conduit Nathalie Baye à remporter le César de la meilleure actrice dans un second rôle.
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