Intitulé « If Love Should Die », le long-métrage que réalise actuellement la cinéaste et ancienne actrice française Mia Hansen-Løve, connue entre autres pour ses films Eden (2014), Bergman Island (2021) et Un beau matin (One Fine Morning, 2022), fait figure d’événement dans la petite cité maritime du Calvados.
L’occasion pour Women eLife, magazine féminin ouvert sur le monde, de suivre sur place quelques-unes des séquences de ce film qui seront également tournées en Île-de-France, ainsi qu’en Espagne, et en Scandinavie.

Côté casting, l’actrice norvégienne Renate Reinsve, révélée notamment dans « La Pire Personne du monde« , incarne le rôle principal dans ce film consacré aux dernières années de la philosophe et féministe britannique Mary Wollstonecraft. Elle donnera notamment la réplique à l’acteur britannique Tom Sturridge, tandis que les présences de Johnny Flynn et Will Keen sont également annoncées.
Ce long-métrage est produit par Les Films Pelléas et distribué par MUBI.
Women eLife ne pouvait manquer de se saisir de ce tournage et, surtout, de son personnage principal : une femme dont les idées et les combats ont traversé les siècles pour faire d’elle aujourd’hui l’une des figures fondatrices de la pensée féministe.
Mary Wollstonecraft, écrivaine et philosophe britannique née en 1759 et morte en 1797, s’est notamment fait connaître par son engagement en faveur des droits des femmes et de leur accès à l’éducation.
À travers ses très nombreux écrits, elle a défendu une conception de l’indépendance féminine particulièrement audacieuse pour son époque. Wollstonecraft est ainsi considérée comme l’une des figures fondatrices du mouvement féministe et son œuvre continue d’être citée comme une influence majeure par les féministes contemporaines.

La rédaction de ce magazine féminin indépendant ouvert sur le monde vous remercie pour le soutien que vous accepterez d’apporter et permettra de relever de nouveaux défis en cliquant sur l’image qui illustre cet appel au don. Vos dons permettront entre autres que de jeunes journalistes rejoignent la rédaction.
Le parcours de cette femme ne manque d’ailleurs pas de piquant lorsque l’on sait que sa fille, Mary Wollstonecraft Shelley, deviendra à son tour une figure majeure de la littérature en tant qu’autrice de Frankenstein.
Mais la vie de Mary Wollstonecraft fut loin de correspondre aux conventions de son époque.

Après deux relations particulièrement mouvementées, avec le peintre Henry Fuseli puis avec l’Américain Gilbert Imlay, dont elle eut une fille, elle épousa en 1797 le philosophe britannique William Godwin.
Elle mourut quelques jours seulement après avoir donné naissance à leur fille, le 10 septembre 1797, à l’âge de 38 ans.
William Godwin publia quelques mois plus tard, en janvier 1798, ses Mémoires de l’auteur de Défense des droits de la femme. Il souhaitait rendre hommage à son épouse avec amour, compassion et sincérité. Mais la sincérité de son récit eut aussi pour conséquence de révéler au public les aspects les plus intimes et les plus controversés de son existence : ses relations amoureuses, ses enfants nés hors mariage et ses tentatives de suicide.
L’ouvrage provoqua un véritable scandale et contribua durablement à ternir la réputation de Wollstonecraft.
Pendant près d’un siècle, sa vie privée éclipsa ainsi largement son œuvre.
Il faudra attendre l’émergence du mouvement féministe, au tournant du XXe siècle, pour que ses écrits retrouvent progressivement leur importance. Son plaidoyer en faveur de l’égalité entre les femmes et les hommes, comme sa critique de la féminité conventionnelle, furent alors redécouverts et considérés sous un jour nouveau.
Car Mary Wollstonecraft avait été particulièrement loin dans la remise en question de la condition féminine.
Elle avait notamment plaidé pour que les jeunes filles françaises puissent bénéficier du même droit à l’éducation que les garçons dans la France issue de la Révolution.
Elle dénonçait également les valeurs de l’aristocratie française, estimant qu’elles contribuaient à enfermer les femmes dans un rôle essentiellement d’utérus destiné à assurer la naissance d’héritiers et la perpétuation des lignées.
Pour elle, la valeur d’une femme ne pouvait évidemment pas être réduite à son rôle d’épouse et de mère.
Elle revendiquait pour les femmes la possibilité de penser, de s’instruire, de choisir leur existence et d’exercer pleinement leur liberté.
Ses prises de position, ses choix personnels et son refus des conventions expliquent aussi pourquoi sa vie demeure aujourd’hui aussi fascinante que ses écrits.
Et c’est précisément cette femme-là que le cinéma s’apprête à faire revivre.
À Honfleur, en cet automne 2026, les costumes, les décors et les mouvements d’une équipe de tournage font ainsi surgir, le temps de quelques scènes, une époque vieille de plus de deux siècles.
Il y a quelque chose de singulièrement symbolique à voir une femme du XVIIIe siècle « revenir » ainsi sous les traits d’une actrice, dans cette petite cité normande, en 2026.
Car entre la disparition de Mary Wollstonecraft en 1797 et ce tournage réalisé aujourd’hui, près de 230 années se sont écoulées.
Et pourtant, certaines de ses interrogations demeurent étonnamment actuelles.
À Honfleur, Mary Wollstonecraft n’est donc plus seulement un nom dans les livres d’histoire, ni même une figure tutélaire du féminisme. Elle reprend vie sous les traits de Renate Reinsve, tandis que Mia Hansen-Løve entreprend de raconter les dernières années de son existence.
Il reste désormais à espérer que « If Love Should Die » permettra au public de redécouvrir, au-delà de l’icône, la femme qu’était Mary Wollstonecraft : une femme libre, passionnée, parfois contradictoire, profondément anticonformiste et prête à affronter les conventions de son temps pour défendre une conviction essentielle : les femmes ont, elles aussi, le droit de penser et de choisir leur vie.
Qu’une femme du XVIIIe siècle revienne ainsi en Normandie en 2026 : voilà peut-être la plus belle manière de rappeler que certaines idées ne vieillissent pas. Elles attendent simplement qu’une nouvelle génération les fasse vivre sur fond de #MeToo.
Patrick Gorgeon/ Rédacteur en chef

La rédaction de ce magazine féminin indépendant ouvert sur le monde vous remercie pour le soutien que vous accepterez d’apporter et permettra de relever de nouveaux défis en cliquant sur l’image qui illustre cet appel au don. Vos dons permettront entre autres que de jeunes journalistes rejoignent la rédaction.
Laissez un commentaire