FEMMES FACE AU DÉFI DU BIEN VIEILLIR EN BONNE SANTÉ

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Tout commence par une bonne nouvelle ! En France, depuis 1950, les Français et les Françaises ont gagné 17 ans d’espérance de vie à la naissance. En 2025, l’espérance de...

Tout commence par une bonne nouvelle ! En France, depuis 1950, les Français et les Françaises ont gagné 17 ans d’espérance de vie à la naissance. En 2025, l’espérance de vie à la naissance a atteint 85,9 ans pour les femmes contre 80,4 ans pour les hommes, sans évolution notable par rapport à 2024 (+ 0,1 an pour les deux sexes).

Mais derrière ce score se cache une réalité beaucoup plus nuancée, pour ne pas dire un paradoxe de santé publique. Si vivre plus longtemps peut apparaître a priori satisfaisant, cela ne signifie pas pour autant bénéficier à coup sûr d’un état de santé propre à garantir des conditions de vie exemptes d’aléas, surtout une fois atteint un certain âge.

Car à y regarder de plus près, les données de la DREES tempèrent le caractère positif de cette longévité observée chez les femmes en France. En réalité, à l’aube de leurs 65 ans, les femmes ne disposent en moyenne que de 11,8 années à vivre « sans incapacité ». Autrement dit, l’atteinte de cet âge de vie au féminin peut se dérouler dans d’excellentes conditions, bien que le franchissement de ce nouveau cap s’accompagne trop souvent de douleurs chroniques, d’une perte d’autonomie ou de pathologies invalidantes.

En dépit des fantastiques progrès médicaux enregistrés d’année en année en termes de diagnostics et de traitements dont on se doit de souligner le caractère opérationnel et bienfaiteur, ce paradoxe français dont il est question n’a rien d’exceptionnel. Il s’inscrit dans une dynamique systémique mondiale que les récentes analyses épidémiologiques américaines, notamment les travaux de chercheuses comme le Dr Clare Meernik, associées aux rapports des instituts de recherche économique tels que SBI Research ou le World Economic Forum, qualifient de « women’s health gap » (le fossé de la santé des femmes). Autrement dit, à l’échelle du globe, les données démontrent que les femmes passent en moyenne 25 % de leur vie de plus que les hommes en mauvaise santé.

Ce constat pose deux questions fondamentales : comment expliquer ce phénomène et comment inverser la tendance en permettant aux femmes de préserver activement leur capital santé ? Le maintien en bonne santé n’est pas qu’une question de chance. Il est le résultat d’une triple dynamique : une prévention médicale qui brise ses propres angles morts, un corps en mouvement et des conditions de vie en mesure de protéger la santé mentale et sociale.

Briser les angles morts de la prévention médicale

Pendant longtemps, la médecine a eu tendance à réduire la santé des femmes à leur seule sphère reproductive. Si le suivi gynécologique est aujourd’hui globalement bien ancré dans les mœurs en France, le véritable danger est ailleurs. Les recherches internationales dénoncent régulièrement le manque de données cliniques ventilées par sexe : moins de 5 % des essais mondiaux publient des analyses différenciées. Résultat ? On traite souvent les pathologies féminines avec des protocoles calibrés sur la biologie masculine, ce qui explique pourquoi les femmes sont diagnostiquées, en moyenne, quatre ans plus tard que les hommes pour une multitude de maladies.

L’exemple le plus frappant reste le cœur. En France, les maladies cardiovasculaires sont la première cause de mortalité chez les femmes, loin devant le cancer du sein. Pourtant, parce que leurs symptômes d’infarctus sont souvent atypiques (fatigue extrême, nausées, douleurs dorsales) et diffèrent de la douleur classique au bras gauche, la prise en charge est trop souvent tardive. Face à cela, les nouveaux dispositifs de prévention de l’Assurance Maladie — comme les bilans aux âges clés de 45 et 60 ans — doivent devenir des réflexes incontournables pour anticiper ces risques.

Le capital mouvement : muscles et os comme boucliers

Passé le cap de la ménopause, le corps des femmes traverse un séisme hormonal silencieux. La chute des œstrogènes entraîne une accélération de la perte de densité osseuse (ostéoporose) et de masse musculaire (sarcopénie). C’est ici que se joue une grande partie de l’autonomie future et de la réduction des incapacités.

Pour protéger ce capital santé, l’activité physique doit être envisagée comme un véritable remède, dispensé d’ordonnance médicale. Il ne s’agit pas seulement de « marcher un peu », mais de solliciter le corps de manière stratégique. Le secret réside dans un double effort : d’un côté, le renforcement musculaire (Pilates, exercices au poids de corps, élastiques) pour verrouiller les articulations et forcer l’os à se reconstruire. De l’autre, le travail d’impact et d’équilibre. Une marche quotidienne au rythme soutenu, l’exercice en plein air, la pratique de certains sports ou la danse sont des armes redoutables pour entretenir le système cardiovasculaire et prévenir le risque de chutes à long terme. Le mouvement reste le premier médicament de la longévité.

Conditions de vie et charge mentale : les déterminants invisibles

Mais on ne peut décemment pas traiter de la santé sous le seul angle médical ou sportif. Le bien vieillir est profondément politique et social. En France, l’épuisement domestique, le stress professionnel et le rôle d’aidante familiale — majoritairement endossé par les femmes — créent un terrain de stress chronique délétère pour l’organisme.

À cela s’ajoute une injustice économique majeure que les rapports de SBI Research mettent particulièrement en avant : la précarité est le premier moteur du renoncement aux soins. En France, l’écart d’espérance de vie entre les femmes les plus aisées et les plus modestes atteint près de 9 ans. La monoparentalité et les temps partiels subis privent trop souvent les femmes du temps et de l’espace mental nécessaires pour s’occuper d’elles-mêmes.

Enfin, le maintien d’un lien social actif (engagements associatifs, cercles amicaux) est reconnu par la Haute Autorité de Santé comme un bouclier d’une efficacité redoutable contre l’isolement et le déclin cognitif.

L’impératif économique et humain de l’empowerment

En définitive, prolonger l’espérance de vie en bonne santé des femmes demande un changement de paradigme radical. Individuellement, il s’agit pour chaque femme de reprendre le contrôle de son capital physique et mental, sans attendre la survenue de signaux d’alerte.

Collectivement, l’enjeu dépasse le simple cadre humanitaire. Les projections de SBI Research et du WEF démontrent que combler le fossé de la santé des femmes injecterait au moins 1 000 milliards de dollars par an dans l’économie mondiale d’ici 2040, grâce à la réduction de l’absentéisme et au maintien dans l’emploi. La santé des femmes n’est pas une niche médicale ni une option budgétaire : c’est un levier de résilience et de richesse pour toute la société.

Permettre aux femmes de vivre plus longtemps, plus fortes et plus libres, grâce à la préservation de leur capital santé : voilà le véritable défi qui mérite d’être relevé. Un impératif qui vaut également pour les hommes, qui ont, quant à eux, un retard de longévité à combler.

La science vient d’ailleurs valider puissamment cette démarche. La conclusion de la dernière étude exhaustive portant sur les liens entre la condition physique aérobique à la quarantaine, l’espérance de vie et la durée de vie en bonne santé — réalisée aux États-Unis auprès de 25 000 hommes et femmes vieillissants — atteste qu’être en forme entre 40 et 50 ans permet de gagner des années de vie plus riches de sens.

Clare Meernik, professeure adjointe à l’Institut Kenneth H. Cooper et au Centre des sciences de la santé de l’Université Texas Tech, et auteure principale de l’étude, affirme : « Nous savons depuis des décennies qu’une bonne forme physique est associée à une plus grande longévité », avant d’ajouter : « Nous savons également qu’elle est associée à un moindre risque de développer certaines maladies. »

Éviter ce qui augmente les risques de fragilité et de dépendance en vieillissant a largement de quoi séduire les femmes qui ne veulent pas perdre l’avantage d’un plus long parcours de vie, dont la durée et la qualité imposent de régulièrement prendre soin de son état de santé. Le tout sans brûler aucune des étapes clés d’une vie assorties de ces contrôles préventifs indispensables, qui donnent l’assurance d’une avancée en âge dans les meilleures conditions possibles.

 C’est d’ailleurs ce que l’organisation Mondiale pour la Santé (MOS) prend soin de rappeler dans le programme  ICOPE — Integrated Care for Older People, qui s’adresse aux personnes âgées et les invite à repérer tôt, agir vite sur six fonctions précises qui conditionnent l’autonomie à long terme.

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