Une nouvelle enquête Ipsos bva – Cesi école d’ingénieurs qui vient de paraître confirme les informations que Women eLife livrait dans une chronique fin 2025, concernant la progression de la parité dans les conseils municipaux. Outre le fait que la fonction de maire reste majoritairement masculine, en raison d’attentes citoyennes différenciées et d’un système politique jugé désavantageux pour les femmes, cette enquête fournit d’intéressantes précisions.
Parmi les questions posées lors du sondage d’opinion, la suivante retient plus particulièrement l’attention : Indépendamment de l’étiquette politique de la candidate, le fait qu’une liste soit menée par une femme dans votre commune serait-il de nature à vous inciter à voter pour cette liste ? ».
Cette dernière permet de constater que le profil féminin se heurte à quelques réticences bien que 71% déclarent que le fait qu’une liste soit menée par une femme n’aurait aucun impact, 23% y voyant un atout pour voter pour cette liste. Toutefois, 6% y verraient un frein, un chiffre qui est de 9% chez les hommes, et atteint 17% chez les hommes de moins de 35 ans. Près de deux jeunes hommes sur dix se disent donc aujourd’hui peu enclins à l’idée de voter pour une tête de liste en raison de son genre.
Pourtant, sur le terrain, la réalité comptable reste sévère : les femmes ne représentent qu’un quart des têtes de listes présentes le 15 mars. Et sont mieux représentées à la tête des listes de gauche (40,9% à l’extrême gauche, 30,2% du côté du bloc de gauche) et dans les grandes villes, la parité n’est jamais atteinte.
L’enquête démontre également que la demande de féminisation des mairies demeure plutôt timide. Alors que 20% souhaitent « beaucoup plus » de femmes maires et 25% « un peu plus », un quart (26%) en souhaitent « autant qu’aujourd’hui » et un quart (26%) affirme que cela n’a pas d’importance.
Il est intéressant d’observer que l’élargissement de la parité sur les listes candidates aux élections municipales dans les petites communes (moins de 1000 habitants) est largement jugé bénéfique :
- 81% pensent qu’elle améliorera la présence des femmes
- 78% qu’elle facilitera leur engagement dans la politique local
- 77% estiment – aujourd’hui à tort, au vu du pourcentage de femmes têtes de listes… – qu’elle favorisera l’accès aux fonctions de maire pour les femmes.
Toutefois, cette adhésion s’accompagne d’une appréhension tout aussi marquée : 70% anticipent qu’elle compliquera la constitution des listes (75% dans les milieux ruraux).
Les qualités attendues d’un maire en fonction de son genre ne sont pas identiques sans pour autant être opposées, avec cependant quelques différences notables:
- Pour un homme maire : honnêteté (34% – 10 points de plus que les femmes), défense des intérêts de la commune (31%), écoute et proximité avec les habitants (28%) dominent dans les attentes.
- Pour une femme maire : défense des intérêts (34%), capacité à s’entourer d’une équipe compétente (27%, soit +5 points par rapport aux hommes, chez qui cela n’arrive qu’en 6e position), écoute et proximité avec les habitants (26%).
Un autre point sensible distingue le crédit confiance accordé aux hommes et aux femmes candidats au poste de maire concerne leur capacité à s’entourer d’une équipe compétente. Cette dernière est bien plus attendue des femmes (2ème position contre 6ème position chez les hommes). Autrement dit, on attend des hommes qu’ils soient eux-mêmes à la hauteur de la fonction (ou on les perçoit comme l’étant naturellement), tandis que les femmes doivent davantage s’entourer pour l’être.
De la même façon le genre, la parentalité et l’exercice des fonctions de maires créé un distinguo à profil strictement égal (40 ans, trois enfants).
- Le fait d’avoir des enfants, pour un homme maire, est vu comme un atout par 25% (contre 21% pour une femme)
- Le fait d’avoir des enfants est davantage perçu comme un handicap pour une femme maire (17% contre 12% pour les hommes)
Une information rassurante mérite d’être rappelée ici. 90% des Français rejettent l’idée que les femmes seraient moins compétentes que les hommes pour exercer des responsabilités politiques (10% pensent qu’elles sont moins compétentes, 21% chez les hommes de moins de 35 ans), 39% pensent qu’elles s’intéressent moins à la politique (48% chez les hommes de 60 ans et plus).
Simultanément : 95% affirment qu’elles ont autant de capacités que les hommes pour exercer des responsabilités politiques (mais 16% des hommes de moins de 35 ans ne sont pas d’accord) et 80% pensent qu’il faut faire tout faire pour faire plus de place aux femmes en politique.
Une forte adhésion à l’égalité en principe, mais une tendance à individualiser la responsabilité de la sous‑représentation se dégagent des opinions recueillies à l’occasion de l’enquête. Ces résultats sur le plan politique locale sont sans doute à mettre en parallèle avec ceux enregistrés en matière de formation et d’exercice de nombreux métiers dans des secteurs clés et d’avenir, qui conduisent à constater que les femmes « osent moins »,et/ou « s’intéressent moins ».
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