En attendant la Journée internationale des femmes en mathématiques du 12 mai, qui mettra en évidence la place et le rôle des femmes dans les filières scientifiques et technologiques où elles restent encore sous-représentées, et fera l’objet d’une prochaine chronique, Women eLife choisit de s’arrêter aujourd’hui sur des initiatives féminines menées en économie circulaire dont l’intérêt mérite d’être souligné.
Car si les filières scientifiques et technologiques structurent de plus en plus profondément nos sociétés sur fond d’IA, de robotisation et d’innovations en tous genres, dont on mesure les enjeux en termes de santé, de climat et d’énergie notamment, les actions conduites par des femmes en France comme à l’étranger en économie circulaire témoignent pour leur part de démarches entrepreneuriales qui reposent sur la lutte contre le gaspillage et répondent à une logique de développement durable.
Les enjeux de l’économie circulaire, reconnue officiellement en France comme l’un des objectifs de la transition énergétique et écologique, sont à la fois environnementaux, économiques et sociaux. Il s’agit d’un modèle économique qui vise à répondre à plusieurs défis afin de passer d’une société du tout jetable, basée sur une économie linéaire (extraire, fabriquer, consommer, jeter), vers un modèle plus vertueux.
Comme le prouvent les exemples qui mettent en parallèle l’action de Joanne Boachon en France et celle de Mariam Keita en Guinée, ces nouveaux modèles de production et de consommation liés à l’économie circulaire sont générateurs d’activités et de création d’emplois durables et non délocalisables.
À travers le portrait croisé de ces deux femmes, il est possible de comprendre comment une même ambition de préservation des ressources se décline selon les réalités territoriales et les urgences locales.
De l’art de reconvertir des déchets de chantiers en atouts
En France, l’initiative prise par Joanne Boachon s’inscrit dans un cadre de transformation des pratiques et de réindustrialisation. À travers Minéka, cette architecte de formation s’est attaquée à l’un des secteurs les plus consommateurs de matières premières et générateurs d’un volume conséquent de déchets : le bâtiment et les travaux publics (BTP).
Son action a pour objectif de collecter, trier et remettre en circulation des matériaux de construction et d’aménagement qui, sans cela, seraient voués à être jetés, selon des méthodes contraires au respect de l’environnement et de la santé humaine.
Elle permet ainsi aux professionnels (architectes, artisans, entreprises) mais aussi aux particuliers d’accéder à des matériaux de qualité tout en diminuant l’empreinte carbone liée à la fabrication de produits neufs.
Sa vision est de structurer une filière professionnelle vertueuse et d’inciter les acteurs d’un secteur clé à changer leurs habitudes de production en recourant à des matériaux méritant une seconde vie, conférant ainsi à leurs interventions un label de qualité environnementale.
À Conakry, l’initiative portée par Mariam Keita à la tête de Binedou Global Services (BGS) répond à une urgence vitale et quotidienne en transformant une nuisance environnementale en opportunité économique.
Son action consiste à collecter les déchets plastiques qui encombrent les rues et les caniveaux, puis à les mélanger à du sable pour fabriquer des pavés écologiques et durables.
Cette démarche a pour conséquence d’assainir l’environnement urbain, mais aussi de prévenir les risques d’inondations et de maladies, tout en favorisant l’inclusion économique en employant des femmes issues de milieux vulnérables.
Sa vision met en place une innovation frugale au service de la résilience communautaire et de la sécurité publique.
Deux approches pour une même ambition
La comparaison de ces deux trajectoires illustre la complémentarité et les bienfaits de l’économie circulaire :
- En France, la démarche de Joanne Boachon est systémique et vise à optimiser des filières industrielles matures.
- Sur le continent africain, l’action de Mariam Keita est communautaire et répond à un besoin de subsistance et d’amélioration des conditions de vie.
Toutes deux démontrent le rôle moteur des femmes dans la création d’une économie à la fois indispensable et responsable.
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Perspectives et avenir
Cette chronique ne saurait remettre en question l’importance que revêt la place et le rôle qu’ont à jouer les femmes dans les filières scientifiques et technologiques, qui ne doivent en aucun cas se laisser influencer par l’image élitiste et parfois déshumanisée qui leur est parfois associée. Car ce déséquilibre interroge autant l’égalité des chances que la manière dont doit se construire le monde de demain.
Quant à l’économie circulaire, elle s’avère tout aussi déterminante pour préserver la planète et bâtir l’avenir de l’humanité. C’est la raison pour laquelle elle mérite amplement d’être soutenue à travers la promotion d’une nouvelle chaîne de valeur qui pallie une gigantesque gabegie de ressources indispensables au bon équilibre de la société.
En ces temps de crise qui s’imposent actuellement sur fond de conflits armés et de guerre commerciale à l’échelle mondiale comme une incitation à changer de paradigme économique, l’alternative que présente l’économie circulaire semble bel et bien en mesure de répondre à des besoins pressants et mérite d’être retenue comme une piste à suivre.
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