DROITS DE L’HOMME EN RUSSIE : LA NOMINATION DE YANA LANTRATOVA SÈME LE DOUTE

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La désignation de Yana Lantratova pour succéder à Tatyana Moskalkova au poste de Déléguée aux droits de l’homme auprès de la Fédération de Russie suscite de profondes vagues d'inquiétude à...

La désignation de Yana Lantratova pour succéder à Tatyana Moskalkova au poste de Déléguée aux droits de l’homme auprès de la Fédération de Russie suscite de profondes vagues d’inquiétude à l’échelle internationale. Entre un agenda ultra-conservateur à Moscou et de lourdes accusations de transferts forcés d’enfants en Ukraine, le profil de la nouvelle « garante » des libertés interroge sur la stratégie réelle du Kremlin.

La lecture de la presse internationale réserve parfois des trajectoires politiques surprenantes. Tel est le cas de Yana Lantratova, 37 ans, une figure montante de la scène politique russe dont le parcours exige aujourd’hui une analyse particulièrement attentive en dépit d’un sourire auquel il ne faut pas se laisser prendre.

Députée à la Douma d’État et fervente artisane du virage idéologique conservateur de son pays, sa désignation le 16 mai dernier pour succéder à Tatyana Moskalkova en tant que nouvelle Déléguée aux droits de l’homme auprès de la Fédération de Russie — sur proposition du parti « Russie juste » (fidèle au Kremlin) et avec le soutien de la formation au pouvoir « Russie unie » — marque une étape décisive de sa carrière institutionnelle.

Un parcours marqué par les controverses

Le profil de la nouvelle médiatrice interroge à plus d’un titre. Entre 2012 et 2018, elle a siégé au Conseil présidentiel russe pour les droits de l’homme, notamment au sein d’un groupe de travail chargé de surveiller la situation dans l’est de l’Ukraine. À cette même époque, elle dirigeait un centre de surveillance des violations des droits de l’enfant, une organisation qui a suscité une vive controverse : des accusations ont fait état de l’utilisation d’adolescents issus d’un internat correctionnel moscovite dans des opérations dites de « chasse aux pédophiles ». Mme Lantratova a toujours nié l’implication directe de mineurs, affirmant que seuls des bénévoles formés collaboraient avec les forces de l’ordre.

Plus récemment, ses prises de position publiques ont dessiné un agenda politique strict, parfaitement aligné sur la ligne dure du pouvoir : requêtes visant à interdire la « propagande LGBT » dans les jeux vidéo, restrictions ciblant la « quadrobic » (une sous-culture adolescente impliquant des jeux de rôle simulant des comportements animaliers), ou encore limitation drastique de l’accès à l’éducation gratuite pour les enfants de migrants. Elle a également alerté les services de sécurité sur la propagation chez les jeunes du mouvement A.U.E. (« Unité criminelle des prisonniers »), une sous-culture ultérieurement qualifiée d’extrémiste par Moscou, proposant une collaboration étroite avec les services de renseignement pour résoudre ce problème.

Si, lors de son entrée en fonction, elle a déclaré que « la mission première du médiateur est d’aider chaque citoyen de son pays », les experts internationaux et les observateurs indépendants expriment de profonds doutes quant à la possibilité que cette nomination amorce une quelconque amélioration de la situation des droits humains en Russie.

L’ombre des déportations d’enfants ukrainiens

Le scepticisme est particulièrement vif en Ukraine, où le nom de Yana Lantratova est directement associé à l’affaire du transfert de Marharyta Prokopenko et Illya Vashchenko, deux jeunes enfants originaires de la région occupée de Kherson. Initialement conduits du foyer pour enfants de Kherson vers Moscou pour des motifs officiels d’« examens médicaux, de détermination de la stratégie de traitement ultérieur et de rééducation », leur destin a basculé en novembre 2022. Le tribunal municipal de Podolsk (région de Moscou) a placé la petite Marharyta au sein de la famille de Sergueï Mironov, leader du parti « Russie juste », dont Lantratova était alors l’adjointe.

Le 19 mars 2024, face à l’agence de presse officielle russe TASS, la députée assumait publiquement le choix de transférer ces enfants vers la Russie plutôt que vers les territoires sous contrôle ukrainien. Tout en qualifiant cette opération de « sauvetage », elle revendiquait à cette occasion le déplacement de 3 000 enfants ukrainiens.

En vertu de l’article 49 de la quatrième Convention de Genève, le transfert forcé de civils — et a fortiori d’enfants — depuis un territoire occupé vers le territoire de la puissance occupante est formellement interdit en toutes circonstances, indépendamment des motifs ou des objectifs humanitaires invoqués.

Une diplomatie paradoxale

Alors que Yana Lantratova participe désormais, aux côtés de son homologue ukrainien Dmytro Lubinets, à des négociations sensibles concernant les échanges de prisonniers, une question fondamentale demeure : comment interpréter la philosophie qui anime la nouvelle Déléguée russe ? Entre diplomatie humanitaire d’un côté et justification des déplacements forcés d’enfants de l’autre, sa nomination incarne à elle seule toute la complexité, et les contradictions, de la posture de Moscou face aux exigences du droit international.

Est-ce vraiment tout cela que souhaitent les Russes ?

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