Women eLife ne vous apprendra rien en mentionnant dans cette chronique une réalité qui s’affiche sur tous les thermomètres : les températures atteignent des niveaux records. De ces journées et nuits étouffantes, nous subissons toutes et tous les conséquences. Cette brutale vague de chaleur que rien ne laissait prévoir et ne semble pouvoir freiner annonce-t-elle un mois de juillet et d’août au caractère brûlant renforcé ?
S’il est évident que les personnes âgées et les enfants en sont les premières victimes, les travailleurs particulièrement exposés le sont aussi (BTP, agriculture, transports…). Alors que les bulletins météo font état d’une canicule historique touchant l’ensemble du pays, force est de constater que l’Hexagone a enregistré mercredi sa journée la plus chaude depuis le début des relevés, en 1947.
À tel point que pas moins de 72 départements représentant plus de 51 millions d’habitants se trouvent aujourd’hui placés en vigilance rouge. S’agit-il d’un épisode ponctuel et sans lendemains ou faut-il d’ores et déjà admettre que le changement climatique n’en est qu’à ses prémices ?
Ces pics de chaleur mettent en lumière des problèmes structurels récurrents : conditions de logement, transports, et structures sanitaires (services à domicile, hôpitaux, écoles, EHPAD…). Sous l’effet de cette chaleur intense, une question cruciale mérite d’être abordée par un magazine féminin ouvert sur le monde : quel est l’impact réel de la canicule sur les femmes, à la maison, dans l’espace public ou au travail ?
Une vulnérabilité biologique méconnue
Si vous êtes une femme, comment expliquer que vous ressentiez la canicule bien plus intensément que les hommes qui vous entourent ? Selon le Dr Amir Khan, cela s’explique en partie par les hormones. Les œstrogènes et la progestérone influent sur la régulation thermique de l’organisme, un phénomène accentué à la ménopause par les bouffées de chaleur.
De plus, les femmes ont généralement un gabarit plus petit et un volume sanguin inférieur à celui des hommes. Lorsque la température grimpe, leur corps dispose de moins de sang en circulation pour transporter la chaleur du centre du corps vers la peau afin de l’évacuer. Le processus est donc plus lent. Avec un cœur souvent plus petit et des vaisseaux sanguins plus étroits, la redistribution du sang est moins efficace.
Des recherches suggèrent également que les femmes présentent souvent une température cutanée plus élevée, mais une température interne plus basse que les hommes, ce qui accentue la sensation d’inconfort.
S’y ajoutent la déshydratation, la carence en fer ou les troubles du sommeil liés à la périménopause… La liste est longue.
Le poids du « fardeau maternel » et social
Au-delà de ce constat biologique, un autre facteur est à prendre en considération : la charge mentale et domestique. Le Dr Amir Khan souligne que dans de nombreux pays, les femmes assument encore 75 % des responsabilités liées à la garde des enfants — une réalité exacerbée durant les confinements.
Que ce soit au Royaume-Uni ou en France, les inégalités systémiques amplifient le problème : interruptions de carrière subies, discriminations liées à la grossesse, et sous-représentation aux postes de direction. De surcroît, le manque de protection des personnes vulnérables et la lutte insuffisante contre les violences faites aux femmes aggravent une situation climatique déjà critique.
Sans tirer de conclusion hâtive, le cumul de ces intenses vagues de chaleur et des inégalités de genre montre qu’une bonne « climatisation sociale » s’avère indispensable pour affronter un réchauffement planétaire qui n’en est qu’à ses balbutiements.
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