Samedi et dimanche derniers, à l’occasion d’une conférence internationale organisée à Islamabad, par l’Organisation de la coopération islamique, la Ligue islamique mondiale et le Pakistan, portant essentiellement sur l’éducation des filles dans les communautés musulmanes, Malala Yousafzai, a pu renouer les liens avec son pays d’origine, et une nouvelle fois dénoncer « le système d’apartheid sexuel » mené par les talibans en Afghanistan. Sa participation à cette conférence a été plus que symbolique, s’agissant de sa première visite officielle au Pakistan. Sa plaidoirie en faveur de l’éducation des filles et femmes, a cependant su retenir l’attention des dirigeants politiques et des universitaires de tout le monde musulman présents.
Le parcours de cette jeune militante pakistanaise, aujourd’hui âgée de 27 ans, mérite d’être rappelé.
Évacuée du Pakistan après avoir reçu en 2012 une balle dans la tête, tirée par un taliban pakistanais armé, pour avoir défendu l’éducation des filles, Malala Yousafzai n’avait alors que 15 ans. Suite à cet évènement, elle a toujours tenu à dénoncer les actions répressives et violentes des talibans, ces dernières allant selon propres termes « à l’encontre de tout ce que notre foi représente ». Face à leur caractère inacceptable, la jeune Malala et son père ont fondé, dès 2013, le Fonds Malala afin de sensibiliser le monde sur l’impact social et économique de l’éducation des filles et femmes, mais aussi donner à ces dernières les moyens d’exiger des changements. Sa détermination et ses engagements ont d’ailleurs été salués en lui permettant de devenir, en décembre 2014, la plus jeune lauréate du Prix Nobel de la paix.
Malala Yousafzai, ne marche à juste titre pas ses mots lorsqu’elle déclare : « L’Afghanistan est le seul pays au monde où les filles sont totalement exclues de l’éducation au-delà de la sixième année ». Et d’ajouter en guise de propos mobilisateur visant à éveiller les consciences : « En Afghanistan, une génération entière de filles sera privée de son avenir. En tant que leaders musulmans, c’est le moment de faire entendre votre voix et d’utiliser votre pouvoir. ». Elle a également tenu à préciser qu’au regard des exactions commises , il n’y a « rien d’islamique » dans les politiques du régime taliban.
Malgré les évidences qui sautent aux yeux, force est de constater que depuis qu’ils ont repris le pouvoir en 2021 après le retrait des forces américaines et britanniques et l’effondrement du gouvernement qu’ils soutenaient en Afghanistan, les talibans interdisent aux femmes l’accès aux lieux de travail, à l’éducation, aux espaces publics et aux sports publics.
Pourtant, en septembre 2015, lors d’un sommet historique aux Nations Unies, les leaders mondiaux avaient adopté les 17 Objectifs de développement durable afin de mobiliser les efforts pour mettre fin à toute forme de pauvreté, pour combattre les inégalités et lutter contre le changement climatique. De plus, l’un des objectifs vise pour sa part à assurer une éducation inclusive et de qualité pour tous, promouvoir l’apprentissage continu et également éliminer totalement les disparités entre les sexes dans l’éducation d’ici à 2030.
Que les louables intentions décrites précédemment deviennent réalités est un voeu de condition humaine qui ne peut qu’être partagé à grande échelle.
Le fait qu’elles se heurtent à un mur d’incompréhension est sans doute révélateur du fossé qui sépare les idées des actes et rend du même coup la paix si difficilement atteignable.
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