Il est certain que l’accord de paix signé aujourd’hui, à Washington, entre le Congo et le Rwanda, ne fera pas autant de bruit que le cessez-le feu intervenu il y a 4 jours entre Israël et l’Iran.
Toutefois, il n’en demeure pas moins vrai que tous deux sont bien dûs aux efforts de médiation du président américain, Donald Trump. Ce dernier s’est d’ailleurs félicité d’être parvenu à ses fins en Afrique, sur la base d’une déclaration de principes, approuvée en avril entre les deux pays, qui prévoit des dispositions sur « le respect de l’intégrité territoriale et l’arrêt des hostilités » dans l’est de la RDC.
Comme il était précisé dans l’interview accordée dernièrement par Josée Bashengezi, présidente de l’AFESDI, à Women eLife, de multiples cessez-le-feu ont été conclus et violés depuis la reprise des opérations du M23 dans l’est de la RDC en 2021. Les affrontements avec les forces gouvernementales et alliées ont déplacé des centaines de milliers de personnes et provoqué une vaste crise humanitaire. Et face à cette situation, le Qatar a également joué le rôle de médiateur et avait reçu, mi-mars à Doha, le président rwandais, Paul Kagame et celui de la RDC, Félix Tshisekedi, les deux pays cherchant à obtenir les faveurs des États-Unis.
La ministre congolaise des Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner, a déclaré que le Rwanda devrait être contraint de se retirer de son pays, ravagé par des décennies de guerre dont il a été question dans deux de nos récentes chroniques.
La RDC, deuxième plus vaste pays d’Afrique, qui possède d’énormes réserves de minéraux, notamment de lithium, est également le premier producteur mondial de cobalt, et détient dans ses sous-sols au moins 60 % des réserves mondiales de coltan. Or, il s’agit d’un minerai stratégique pour l’industrie électronique, qui s’avère essentiel aux véhicules électriques. C’est d’ailleurs ce qui explique le vif intérêt du président Trump, qui a proposé un accord visant à attirer des investissements américains : une démarche inspirée de l’accord minier conclu entre l’administration Trump et l’Ukraine.
Alors que l’accord de paix est signé par Thérèse Kayikwamba Wagner, ministre des Affaires étrangères de la RDC, et Olivier Nduhungirehelors, ministre des Affaires étrangères du Rwanda, à Washington, en présence du secrétaire d’Etat américain, Marco Rubio, les deux ministres africains seront reçus par Donald Trump à la Maison Blanche. L’occasion pour Women eLife de revenir sur le parcours de la ministre congolaise, d’après les informations recueillies auprès de Africa 55..
Âgée de 43 ans, cette femme a débuté sa carrière professionnelle en 2009 en se rendant à Kigali, au Rwanda, pour rejoindre l’Agence de coopération internationale allemande pour le développement (GIZ).
En 2011, elle choisit de se consacrer à l’humanitaire et retourne au Congo, à Goma, pour travailler avec Oxfam. L’année suivante, alors que le pays fait face à la première crise provoquée par le groupe rebelle M23, elle prend la tête d’un programme dédié à la protection des civils au sein de l’organisation.
Elle intègre ensuite les Nations Unies, s’engageant dans des missions de maintien de la paix, notamment avec la Monusco en République démocratique du Congo et la Minusca en République centrafricaine à partir de 2014. En 2019, elle se rend à Nairobi, au Kenya, pour devenir assistante de Xia Huang, envoyé spécial des Nations Unies pour la région des Grands Lacs. C’est à cette époque qu’elle rencontre pour la première fois le président congolais Félix Tshisekedi.
Par la suite, Thérèse Kayikwamba Wagner rejoint le groupe Meta (anciennement Facebook), où elle exerce jusqu’en 2024 en tant que Regional Program Manager pour l’Afrique subsaharienne. À ce poste, elle dirige les efforts de préparation aux crises et aux élections.
Le 29 mai 2024, elle est nommée ministre des Affaires étrangères, de la Coopération internationale et de la Francophonie avec le statut de ministre d’État au sein du nouveau gouvernement Suminwa. À cette époque, peu connue du grand public, sa nomination surprend certains observateurs politiques, qui soulignent son absence d’expérience dans ce domaine. Le magazine Jeune Afrique y voit une volonté de modération et d’apaisement diplomatique de la part de Félix Tshisekedi, en contraste avec le style plus direct de son prédécesseur, Christophe Lutundula.
Thérèse Kayikwamba Wagner prend officiellement ses fonctions le 13 juin 2024, dans un contexte politique tendu, exacerbé par les conflits avec le groupe rebelle M23, soutenu par le Rwanda, et le retrait progressif des forces de la Monusco.
Son action en tant que ministre se distingue par un engagement résolu contre la présence de troupes rwandaises sur le sol congolais. En décembre 2024, elle accuse formellement le Rwanda de violer le cessez-le-feu entre les deux pays devant le Conseil de sécurité de l’ONU. Lors d’une rencontre avec les diplomates étrangers accrédités en RDC, elle appelle la communauté internationale à prendre des mesures concrètes contre l’agression rwandaise, affirmant que « la compassion seule ne suffira pas ». À partir de fin 2024, elle défend la candidature de la RDC au Conseil de sécurité de l’ONU pour obtenir un siège de membre non permanent, soulignant l’expérience du pays en matière de résolution de conflits et de maintien de la paix, notamment grâce à la Monusco.
Parmi ses accomplissements notables, elle a contribué à l’adoption d’une résolution sans précédent au sein du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies, établissant clairement la responsabilité du Rwanda dans les atrocités commises à l’Est de la RDC. Présentée par la RDC, cette résolution constitue un tournant significatif dans le contexte de crise qui secoue la région depuis 2022. Pour certains observateurs, elle est considérée comme la meilleure ministre des Affaires étrangères que la RDC ait jamais connue, grâce à son franc-parler, son intransigeance et sa maîtrise des enjeux diplomatiques, ce qui représente un casting réussi pour le président Félix Tshisekedi.
Si l’accord de paix signé entre la RDC et le Rwanda, met définitivement fin à une guerre sanglante, il ne pourra qu’encourager l’investissement économique et la stabilité régionale. Les actions humanitaires menées entre autres par l’Association d’appui aux Femmes Solidaires pour le Développement Intégré, permettront alors pallier les souffrances de la population rurale, en répondant plus efficacement à ses attentes et besoins.
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