Les guerres qui se répandent à la surface du globe, et font par le recours à tous types d’armements d’innocentes victimes, ne doivent pas occulter l’un des combats essentiels que l’humanité doit mener de front pour sa survie sur Terre.
Et ce que le Dr Genevieve Guenther*, spécialiste américaine de la communication climatique, et directrice fondatrice d’End Climate Silence, qui étudie la représentation du réchauffement climatique dans les médias et le discours public, met en évidence dans une interview au Guardian, trouve aujourd’hui, notamment en France, un écho significatif.
Le recours en justice contre l’État français que s’apprêtent à lancer des personnes physiques, ainsi que des associations et trois ONG (Greenpeace France, Oxfam France et Notre affaire à tous), pour manquement à ses obligations de protéger les Français face aux conséquences du réchauffement climatique, correspond à ce qu’elle dénonce.
Bien que dès 2018, les scientifiques auteurs d’un rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) aient clairement indiqué qu’une augmentation de + 1,5 °C et +2 °C serait catastrophique, force est de constater que les décideurs politiques à l’échelle mondiale, n’ont pas pris la mesure de l’ampleur du phénomène, et du caractère urgent des actions à mener, pour lutter contre les risques de la crise climatique.
Au-delà des températures particulièrement élevées, constatées un peu partout dans le monde, le dérèglement climatique s’observe à travers de nombreux changements continus et progressifs, tels que l’augmentation des niveaux de dioxyde de carbone, la montée des eaux et le réchauffement des océans. Des réalités en augmentation d’année en année, alimentées par les émissions de gaz à effet de serre d’origine humaine. De plus, les scientifiques ont également identifié au moins 16 « points de bascule » qui pourraient entraîner des changements radicaux et irréversibles sur des éléments fondamentaux du système terrestre, avec des effets potentiellement dévastateurs.
Car la crise climatique pousse des écosystèmes d’importance mondiale – calottes glaciaires, récifs coralliens, circulation océanique et forêt amazonienne – vers un point de non-retour.
Certes, au regard des nouveaux engagements qui ont conduit à la fixation de nouveaux objectifs de développement durable par des entreprises, ou encore de l’adoption de nouvelles politiques gouvernementales, on s’est voulu résolument optimiste. Les solutions ont alors porté sur des investissements capitalistes vers les technologies renouvelables afin de supplanter les combustibles fossiles du marché. Toutefois, considérant que la peur du climat pourrait dissuader les investisseurs, les détracteurs ont fait valoir qu’il était contre-productif d’évoquer les scénarios catastrophes. Certains commentateurs ont même affirmé que nous avions évité les prédictions les plus sombres, et que nous étions désormais sur une trajectoire plus rassurante de réchauffement climatique, légèrement inférieur à 3 °C d’ici 2100. Or, rien n’est moins sûr !
Face à cette situation préoccupante, Genevieve Guenther évoque les trois types de pessimisme auxquels se heurte la crise climatique.
Le premier résiderait dans le désespoir qui naît d’une mauvaise compréhension des données scientifiques et de l’idée que nous sommes définitivement sur la voie de l’effondrement d’ici 20 ou 30 ans, quoi que nous fassions. Le deuxième serait dû à une sorte de position nihiliste adoptée par ceux qui se disent les seuls à pouvoir regarder la dure réalité en face, une idée qu’elle refuse. Enfin, il y a le pessimisme qui naît de la frustration politique, de la conviction que les puissants se contentent de brûler le monde: une vision qu’elle considère comme la plus exacte et recevable.
Pour contrer ce genre de pessimisme, Genevieve Guenther estime que nous devons tous et toutes faire preuve de courage et transformer les peurs en actions en discutant du changement climatique avec d’autres, en appelant régulièrement les élus à agir, et en exigeant que les entreprises joignent le geste à la parole. Et c’est là que son engagement et ses propositions, trouvent un écho saisissant en raison du recours en justice contre l’État français pour manquement à ses obligations de protéger les Français face aux conséquences du réchauffement climatique.
De quoi tirer enseignement lorsqu’elle déclare : » Il faut prendre en compte les sentiments des gens, les rencontrer là où ils se trouvent et leur montrer comment apaiser leurs craintes en cultivant leur courage et l’action collective. »
*Genevieve Guenther est notamment autrice du livre, « The Language of Climate Politics: Fossil-Fuel Propaganda and How to Fight It », a été qualifié d’« étude révélatrice » par Publishers Weekly et de « cadeau au monde » par Bill McKibben.
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