Face à une pénurie de main-d’œuvre d’une Russie en guerre contre l’Ukraine, les autorités russes ont lancé, en août 2023, le programme Alabuga Start afin de recruter des jeunes femmes âgées de 18 à 22 ans dans les pays africains.
Promue via les médias sociaux comme Facebook, TikTok, Instagram, Telegram, la campagne est parvenue à sensibiliser et attirer des centaines de filles africaines en Ouganda, au Rwanda, au Kenya, au Soudan du Sud, en Sierra Leone et au Nigeria, au Sri Lanka, pays d’Asie du Sud, ainsi qu’en Amérique latine.
En raison de perspectives d’emploi limitées dans leur pays d’origine, beaucoup d’entre elles ont perçu cette initiative comme une opportunité de changement de vie, une voie vers l’indépendance financière et des perspectives professionnelles, même avec seulement un diplôme d’études secondaires.
Pour attirer ces jeunes femmes, les arguments ont mis en avant la possibilité de se former et de travailler en Russie, dans des industries de pointe, mais également dans le secteur de l’hôtellerie.
Une fois sélectionnées à l’issue d’un test de vocabulaire russe de base et d’un entretien en ligne, les candidates se voient promettre un soutien complet. Il s’agit entre autres d’une aide pour les documents de voyage, de billets d’avion, d’un logement pour seulement 44 USD par mois, d’une formation en russe et d’un développement professionnel. Le salaire mensuel annoncé est de 520 USD, une somme importante pour de nombreuses candidates.
Or, de plus en plus de rapports tendent à démontrer que de nombreuses participantes, seraient en réalité dirigées vers des usines d’armement et amenées à connaître des conditions de travail peu enviables.
Car si la zone économique spéciale d’Alabuga, est une région connue pour son expansion industrielle, elle l’est aussi pour ses installations de fabrication de drones.
Selon une enquête de l’AP sur le complexe industriel, une partie de la production d’armes clés de Moscou serait désormais entre les mains inexpérimentées d’environ 200 femmes africaines qui travaillent aux côtés d’étudiantes russes de 16 ans seulement dans l’usine de la zone économique spéciale d’Alabuga au Tatarstan, à environ 1 000 kilomètres à l’est de Moscou.
Les drones Shahed-136 ont d’abord été expédiés démontés en Russie, avant que la production ne soit transférée à Alabuga qui est devenue la principale usine russe de fabrication de drones explosifs à sens unique, l’objectif visant à en produire 6 000 par an en 2025.
Les témoignages recueillis auprès des jeunes africaines font apparaître que les ouvrières manquent d’équipement de protection. De plus, l’utilisation de produits chimiques présente des dangers, confirmation étant apportée par un expert en drones de l’Institut international d’études stratégiques que des substances caustiques sont utilisées dans leur fabrication.
Autrement dit, en dépit d’une campagne de recrutement d’Alabuga Start soigneusement orchestrées et mise en ligne avec de la musique entraînante et vidéos qui montrent des femmes africaines souriantes visitant les sites culturels du Tatarstan ou faisant du sport ; ou encore portant des casques de sécurité pour diriger les grues et enfilant des équipements de protection pour appliquer de la peinture ou des produits chimiques, la réalité est tout autre.
Qu’il s’agisse de la fabrication de drones de reconnaissance M3 Albatross, comme des drones d’attaque Shahed, ces jeunes africaines et asiatiques qui mettent leurs mains dans la fabrication des drones, ont elles conscience que ces armes sèment la terreur en territoire ukrainien ?
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