Ce dont il est question dans cette chronique mérite amplement de figurer sur Women eLife. Tout d’abord, parce que l’on doit cette initiative novatrice à une Britannique, Hannah Van Den Bergh qui après avoir travaillé comme consultante en environnement, s’est intéressée aux modèles de réutilisation des déchets humains. Ensuite, parce qu’elle a mis au point un procédé de recyclage des urines qui répond à un besoin écologique et économique crucial.
L’idée peut apparaître surprenante de prime abord. Pourtant, elle a fait l’objet d’expériences concluantes dont les résultats ont été confirmés par des agronomes. Il n’en fallait pas plus pour que la jeune femme fonde l’entreprise NPK Recovery, basée à Bristol, avec le soutien financier de Defra, d’Innovate UK et du Fonds d’innovation carbone de Co-op. Pour concrétiser son projet, elle s’est entourée d’une équipe essentiellement féminine, composée de scientifiques, d’ingénieures et de chercheuses.
Cette initiative retient particulièrement l’attention dans le contexte actuel. La guerre en Iran et le blocage stratégique du détroit d’Ormuz ont provoqué une très forte augmentation des prix des engrais synthétiques, impactant lourdement les agriculteurs et faisant craindre une inflation majeure des denrées alimentaires à l’échelle mondiale. Or, l’engrais biologique produit par NPK Recovery à partir d’urine humaine se révèle tout aussi efficace que les alternatives couramment utilisées, généralement importées et issues de procédés industriels aujourd’hui menacés et très énergivores.
Basée sur le concept d’économie circulaire, cette méthode présente aussi l’avantage de repenser le traitement des fluides humains. Habituellement, ces derniers sont transportés par camion-citerne vers des centres d’épuration, ce qui entraîne une perte immense de nutriments. Le projet pilote d’Hannah Van Den Bergh a prouvé qu’il était possible de récupérer 100 % de l’azote contenu dans les urines plutôt que de le gaspiller dans les égouts, en utilisant simplement des bactéries pour extraire les nutriments et créer un biofertilisant liquide.
Nicola Cannon, chercheuse de renom et professeure d’agriculture à la Royal Agricultural University (RAU), a supervisé ces essais collaboratifs. Selon elle, ce produit « assure aux cultures une base de croissance robuste », offrant une alternative nutritive idéale au nitrate d’ammonium tout en réduisant drastiquement les émissions liées à la production agricole. Des recherches menées par l’Université de l’Ouest de l’Angleterre ont d’ailleurs confirmé cette efficacité : les essais sur des plants de moutarde ont révélé une nette augmentation du taux de chlorophylle, essentielle à la photosynthèse.
La preuve par la pratique ? Lors du festival Boomtown, en août dernier, l’équipe de NPK Recovery a installé son unité mobile dans un bloc sanitaire fréquenté par 700 festivaliers. Résultat : 1 800 litres d’urine ont été traités sur place et transformés en 540 litres d’engrais.
Ce test grandeur nature démontre que le traitement à la source allège la pression sur les réseaux d’assainissement et réduit l’usage de produits chimiques. Mieux encore, l’engrais obtenu peut servir à revitaliser le site de l’événement, à nourrir les champs environnants, ou à soutenir des projets durables, à l’image d’un essai de reboisement mené par la Commission des forêts.
De quoi en déduire que la nature est bien faite, et que les innovations écologiques recèlent des vertus insoupçonnées pour peu qu’on s’y intéresse avec audace et rigueur scientifique !
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