Kieran Jackson journaliste sportif pour The Independent qui couvre entre autres l’actualité du sport automobile depuis 2022 a été nommé en 2024 « Jeune Journaliste de l’Année » par Motorsport UK. Alors que le cessez-le-feu entre Israël et le Hamas, est entré en vigueur dans la bande de Gaza, le 10 octobre, après deux ans de guerre, Women eLife a estimé opportun de revenir sur les « Speed Sisters » que ce journaliste a pu retrouver et interviewer. L’occasion de mettre sous le feu des projecteurs, Marah Zahalka, Noor Daoud, Maysoon Jayyusi, Betty Saddeh, Mona Ennab, ces cinq palestiniennes qui ont permis aux filles de rêver malgré la guerre. Il s’agit ni plus ni moins de la première équipe de course automobile entièrement féminine du monde arabe.
Dix ans après un film sorti en 2015 qui a raconté leur histoire au public mondial, Kieran Jackson a pu recueillir les témoignages de ces femmes pionnières qui préparent des projets pour la prochaine génération de coureuses palestiniennes.
En 2007, Jayyusi, alors âgée de 30 ans, effectuait quotidiennement le trajet entre Ramallah et Jérusalem pour travailler pour l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine (UNRWA). Au poste de contrôle de Qalandia, géré par les Forces de défense israéliennes (FDI), Jayyusi a appris que, bien souvent, appuyer sur l’accélérateur était tout simplement le moyen le plus sûr de franchir le check point sans encombre. Mais, à l’époque, elle ignorait que des dirigeants de la Fédération palestinienne de sport automobile et de moto avaient été témoins de ces échappées belles.
Lors de l’interview Maysoon Jayyusi, qui était à l’époque la directrice de l’équipe des Speed Sisters, s’exprime depuis Ramallah où, quelques heures plus tôt, 250 prisonniers palestiniens étaient descendus d’un bus de la Croix-Rouge à travers la ville au milieu de scènes de joie, tandis que 20 otages israéliens ont été également été libérés par le Hamas lors de la première phase du plan de paix de Donald Trump pour Gaza.
En se remémorant l’importance de la création des Speed Sisters, près de deux décennies plus tôt, elle précise : « Ce n’est pas facile d’être une femme dans une société conservatrice. Dans le monde arabe, les femmes ne pouvaient pas faire grand-chose » avant d’ajouter : « Nous savions que chaque vrombissement du moteur était un appel à la liberté. Chaque course était un défi à l’ordinaire. C’était une magnifique impossibilité. »
Les cinq femmes pilotes de l’équipe Speed Sisters, ont affronté des hommes dans des villes comme Bethléem, Jénine et Jéricho, les courses se déroulant généralement sur des places de marché abandonnées et des pistes d’atterrissage reconverties en circuits durant les week-ends.
Leur histoire était celle de l’espoir et de la liberté, de l’apprentissage et du progrès dans un domaine auparavant inaccessible aux femmes, face à une occupation militaire qui les empêchait à chaque instant de réaliser leurs objectifs.
Aussi surprenante que captivante elle a attiré l’attention d’Amber Fares, une cinéaste canadienne vivant à Ramallah. Au cours des cinq années suivantes, Fares et son équipe ont filmé les tribulations des Speed Sisters, aboutissant à un documentaire primé de 85 minutes, sorti en 2015 : « Le point crucial était : comment raconter une histoire sur la Palestine de manière inattendue ».
Une scène du film montre notamment Betty Saddeh – la conductrice la plus rapide de Palestine, avec Marah Zahalka – s’entraîner sur un parking à l’extérieur de la prison d’Ofer, avant d’être la cible d’une grenade lacrymogène.
Quoi qu’il en soit, cette équipe féminine dont chaque membre a par la suite pu tracer sa route demeure l’incarnation moderne de l’émancipation féminine, dans une société conservatrice où la majorité de la population palestinienne aspire à la modernisation et à l’épanouissement. Aujourd’hui, alors que les Palestiniens espèrent un avenir plus prospère avec le cessez-le-feu, des projets sont en cours pour que le sport soit un vecteur de changement.
Women eLife se devait de saluer ces cinq Palestiniennes avides d’adrénaline et de cylindrés, surnommées les Speed Sisters, qui ont prouvé aux yeux du monde que la femme est l’égale de l’homme.
À travers plusieurs de ses films, Amber Fares montre les difficultés que rencontrent ces jeunes femmes en dehors du monde de la course automobile, alors qu’elles cherchent un équilibre entre vie familiale, travail et loisirs malgré les obstacles imposés par l’occupation et la privation de droits.
En fin de compte, c’est leur persévérance et le plaisir de piloter des voitures de compétition qui les maintiennent sur la bonne voie pour atteindre leurs objectifs, quels que soient les obstacles, intégrant la course automobile à leur quotidien. D’autres courts métrages qu’elle a réalisés soulignent l’importance de la solidarité féminine à tous les âges et de l’épanouissement des femmes grâce à des expériences partagées.
Cette chronique inspirée de l’article de Kieran Jackson, offre un autre regard sur des Palestiniennes qui font de leur passion pour le sport qu’elle pratique un tremplin vers une paix que l’on souhaite durable.
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