Sans faire de pronostic sur le nom de celui ou de celle qui succèdera à António Guterres, secrétaire général de l’ONU depuis 2017 dont les fonctions prendront fin le 31 décembre, il est une toute dernière candidature à ce poste qui retient l’attention.
Il s’agit de celle de la diplomate émiratie Lana Nusseibeh, âgée de 48 ans, officiellement présentée le 21 octobre 2026 et unanimement approuvée par les six pays du Golfe. Car cette ancienne ambassadrice des Émirats arabes unis auprès des Nations unies de 2013 à 2024, entre dans une compétition diplomatique où les positions des cinq membres permanents du Conseil de sécurité pèseront lourdement.
L’occasion de rappeler que le Conseil de sécurité se compose de quinze membres : cinq membres permanents — la Chine, les États-Unis d’Amérique, la Fédération de Russie, la France et le Royaume-Uni — et dix membres élus par l’Assemblée générale pour un mandat de deux ans. Ces cinq membres permanents disposent d’un droit de veto qui leur confère un poids déterminant dans la désignation du prochain secrétaire général.
Mais, pour mieux comprendre les défis auxquels devra faire face la prochaine personne appelée à diriger l’ONU, plusieurs précisions relatives aux moyens dont dispose cette institution méritent d’être apportées.

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Les missions des Nations unies reposent sur trois grands piliers : la paix et la sécurité internationales, le développement et les droits humains. Or, dans un contexte de conflits armés persistants et de tensions géopolitiques croissantes, leur capacité à remplir ces missions est fragilisée par une crise financière qui affecte leur fonctionnement.
Les États-Unis, premier contributeur au budget ordinaire de l’ONU avec 22 % des contributions obligatoires, ont considérablement réduit leur engagement financier sous la présidence de Donald Trump. En janvier 2026, le président américain a notamment ordonné le retrait des États-Unis de 31 entités des Nations unies et de 35 organisations non onusiennes, considérées par son administration comme contraires aux intérêts nationaux américains.
De plus, les retards de paiement américains contribuent à exacerber la crise de liquidités de l’Organisation. En dehors des difficultés financières dues aux arriérés, le budget de l’ONU pour 2026 a été réduit de plus de 7 % par rapport à l’exercice précédent, une situation qui a entrainé la suppression d’environ 2 400 postes budgétaires, sachant que les opérations de maintien de la paix ( casques bleus) sont, elles aussi, impactées par ces contraintes financières importantes.
Autant de restrictions qui interrogent sur les moyens dont disposera le prochain secrétaire général pour prévenir les conflits, soutenir les populations civiles et préserver la capacité d’action de l’ONU.
Lana Nusseibeh, dont la candidature est soutenue par les Émirats arabes unis, connaît bien les rouages de cette institution. Au cours de ses onze années comme représentante permanente de son pays auprès de cette institution, elle a notamment exercé les fonctions de vice-présidente de l’Assemblée générale et présidé à deux reprises le Conseil de sécurité, lors du mandat émirati de 2022-2023. Elle a également présidé le conseil exécutif d’ONU Femmes.
Son parcours diplomatique et son expérience des négociations internationales constituent, aux yeux de ses partisans, des arguments en faveur de sa candidature. Toutefois, son profil et certains de ses engagements soulèvent quelques réactions .
D’origine palestinienne, Lana Nusseibeh est connue pour son engagement en faveur des droits des Palestiniens et de la solution à deux États. Cet objectif diplomatique, qui a été notamment soutenu par la France, demeure confronté à de profondes divergences politiques et à des obstacles persistants dans sa mise en œuvre.
Par ailleurs, cette diplomate aguerrie doit faire face aux critiques suscitées par les accusations dont elle fait l’objet, selon lesquelles les Émirats arabes unis auraient apporté un soutien militaire aux Forces de soutien rapide (FSR) au Soudan, accusées d’avoir commis de graves atrocités contre les populations civiles. Et bien que l’administration américaine ait qualifié de génocide les exactions commises par les FSR, Abou Dhabi conteste les accusations de soutien militaire, que Lana Nusseibeh a elle-même réfutées au nom de son pays.
Cette controverse pourrait peser sur l’examen de sa candidature, dans la mesure où la fonction de secrétaire général exige de pouvoir dialoguer avec l’ensemble des États membres tout en défendant les principes de la Charte des Nations unies.
Un autre enjeu diplomatique est apparu quelques jours avant l’annonce de sa candidature. Le 13 octobre, la Communauté des États latino-américains et caraïbes (CELAC) a réaffirmé son souhait de voir une personnalité originaire de cette région accéder au poste de secrétaire général, au nom de l’équilibre géographique et d’une représentation plus inclusive au sein de l’ONU. Cette déclaration témoigne des attentes de la région, sans constituer à elle seule une objection formelle à la candidature émirati
Quoi qu’il en soit, en sa qualité de diplomate, Lana Nusseibeh est reconnue pour son expérience des négociations et sa participation aux travaux du Conseil de sécurité. Aussi, entend-elle désormais mettre cette expérience au service d’une Institution plus efficace, capable de restaurer la confiance entre les États et de produire des résultats plus concrets.
Mais comment concilier cette ambition avec les divergences entre les grandes puissances, les difficultés financières de l’Organisation et les controverses qui entourent la politique de son propre pays ?
Sans préjuger de l’issue du processus de sélection, faut-il en déduire que Lana Nusseibeh se trouve confrontée à une mission impossible ?
Dans ses déclarations de candidature au poste de Secrétaire général, elle défend l’idée que la coopération internationale doit permettre aux États de dépasser leurs intérêts immédiats pour obtenir, ensemble, des résultats durables. Elle insiste également sur la nécessité de restaurer la confiance dans l’action des Nations unies, en obtenant des résultats plus rapides, plus concrets et plus réalistes.
À l’heure où cette chronique est publiée sur Women eLife, rien n’est joué. Le dialogue avec les États membres prévu le 27 octobre constituera une nouvelle étape dans l’examen de sa candidature.
Au-delà du parcours de cette diplomate et de la possibilité historique de voir une femme accéder pour la première fois au poste de secrétaire général, c’est bien l’avenir de l’ONU qui est en question. Confrontée aux conflits armés, aux crises humanitaires et aux conséquences du changement climatique, l’Organisation fait régulièrement l’objet de critiques quant à sa capacité à prévenir les drames et à protéger les populations.
Au vu de ce qui précède, une double question se pose : Lana Nusseibeh parviendra-t-elle à convaincre les États membres de sa capacité à diriger l’institution ?
Et, si tel est le cas, disposera-t-elle des moyens politiques et financiers nécessaires pour redonner aux Nations unies l’autorité et les capacités d’action indispensables à l’accomplissement de leurs missions, dont le monde ne mesure pas toujours le caractère essentiel, pour ne pas dire vital ?

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