POST ÉLECTIONS LÉGISLATIVES EN HONGRIE QUE PEUVENT ESPÉRER LES HONGROISES ?

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Le 12 avril, Hongrois et Hongroises ont mis fin à l’ère Viktor Orbán. Mais au-delà de la victoire écrasante de Péter Magyar et de son parti Tisza qui décroche une...

À l’issue de la campagne des élections législatives qui visait à départager le conservateur pro-européen Péter Magyar, et Viktor Orbán, Premier ministre depuis seize ans, force est de constater que le scrutin a donné lieu à une participation record des électeurs et électrices frôlant les 80 %. Il est à ce titre intéressant d’observer qu’à Budapest comme dans plusieurs villes et en milieu rural, 60% des moins de 40 ans se sont rendus aux urnes.

Autrement dit, le 12 avril 2026, la Hongrie qui compte 9 595 306 habitants a basculé, le candidat déchu ayant reconnu sa défaite sans plus tarder dès dimanche lors de la publication des premiers résultats. Hongrois et Hongroises ont ainsi mis fin à l’ère Viktor Orbán. Autrement dit, l’homme qui incarnait le véto, cède sa place à un chef de gouvernement pro-européen ouvert au dialogue. Mais au-delà de la victoire écrasante de Péter Magyar et de son parti Tisza qui décroche une majorité des deux tiers, une question demeure : ce séisme politique va-t-il enfin briser le plafond de verre qui a jusqu’ici oppressé les Hongroises ?

Le crépuscule d’une politique de l’injonction

Pour comprendre en quoi cette arrivée au pouvoir peut avoir une influence sur le sort jusqu’ici réservé aux femmes, il n’est n’est pas inutile de rappeler ce qui suit.

Pendant plus d’une décennie, la condition féminine en Hongrie a été dictée par une vision « nataliste » et conservatrice. Sous Orbán, la femme était une priorité budgétaire, mais rarement un sujet de droit autonome en raison d’un objectif nataliste clairement exposé et imposé. En dépit d’aides à coup d’exonérations fiscales et de prêts bancaires, une condition sine qua non se devait d’être remplie par les Hongroises : celle d’être mère, et de préférence d’une famille nombreuse.

Toutefois, cette « cage dorée » : les guillemets s’imposent, s’accompagnait d’un recul méthodique des libertés des femmes à disposer de leur corps et de leurs droits en toute liberté.

Car sous Orbán, outre le refus obstiné de ratifier la Convention d’Istanbul, l’ accès à l’IVG s’est trouvé complexifié par un décret dit du « battement de cœur » paru en 2022 . L’ancien pouvoir apparentait le traité international contre les violences faites aux femmes à un « cheval de Troie » de l’idéologie de genre qui stigmatisait également l’homosexualité et les LGBT+

L’occasion de souligner que la Convention en question qui s’applique à toutes les formes de violence à l’égard des femmes, y compris la violence domestique est entrée en vigueur le 1er août 2014. Elle a été signée par 33 pays, sans être ratifiée par 13 d’entre eux, parmi lesquels la Hongrie. Faut-il rappeler qu’en dépit du nom donné à ladite « Convention d’Istambul », le président de la Turquie, Recep Tayyip Erdogan, a retiré son pays de cet accord en 2021.

Quoi qu’il en soit, le refus de la Hongrie de faire des droits des femmes une priorité, a placé des milliers de Hongroises hors des radars de protection, dans un pays où le silence sur les violences domestiques s’est quasiment transformé en une valeur d’État.

L’espoir Péter Magyar : Le pragmatisme européen

Alors, que peut changer la victoire de Péter Magyar ? L’homme est un conservateur, il ne faut pas s’y tromper. Il ne porte donc pas le drapeau d’un féminisme radical. Pourtant, son élection peut apparaître comme anonciatrice d’une bouffée d’oxygène pour deux raisons majeures :

Tout d’abord le retour au droit européen, Magyar ayant fait de la réconciliation avec Bruxelles son cheval de bataille. Pour obtenir le déblocage des fonds et restaurer l’État de droit, la ratification de la Convention d’Istanbul pourrait ne plus être une option idéologique, mais une nécessité politique. Pour les Hongroises, cela signifierait enfin des la mise en place de moyens concrets pour les refuges, de formations pour la police et une reconnaissance légale de leur vulnérabilité face aux agresseurs.

Ensuite, avec la fin de la « femme-objet démographique » et en prônant une modernisation des services publics et de la santé, Magyar déplace le curseur. L’enjeu n’est plus seulement de « produire » des citoyens, mais de soigner et de protéger les citoyennes.

Un chemin encore long RESTE À PARCOURIR

Si la victoire de Péter Magyar est historique et signe un potentiel changement de politique, la vigilance concernant les mesures qui seront prises par le nouveau gouvernement hongrois, reste en l’état actuel de mise. Et ce, bien que la majorité des deux tiers obtenue par le parti Tisza donne à ce nouveau Premier ministre, âgé de 45 ans, les pleins pouvoirs pour détricoter les lois « illibérales » d’Orbán. Toutefois, les mentalités infusées par seize ans de discours sur la famille traditionnelle comme seul horizon, pourront-elles s’éclipser et donner naissance à une autre dynamique plus respectueuse de la condition féminine par décret ? Là est la question.

L’engagement du nouveau Premier ministre en faveur d’une révision de la Constitution et d’un renforcement de la lutte contre la corruption, ont sans aucun doute été des moteurs d’adhésion à son programme. Si les Hongroises ne demandent pas de miracles, elles souhaitent qu’un changement positif de la politique leur permette de prendre une respiration qui leur offre une plus grande liberté. Elles espèrent légitimement passer d’un statut d’instrument de politique démographique à celui de citoyennes de plein droit.

Comme l’a déclaré Ursula von der Leyen, dès l’élection de Péter Magyar confirmée, le « cœur de l’Europe », bat de nouveau à Budapest. Il ne tiendra désormais qu’au nouveau Premier ministre et à son gouvernement de faire en sorte qu’il batte aussi, sans crainte et en toute liberté, pour tous les hommes et femmes d’un pays qui a confirmé par l’ampleur de son vote, sa volonté que s’instaure un autre dessein d’une société hongroise qui aspire au mieux vivre sur le plan économique et social.

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