Auditionné ce mardi 24 mars au Sénat par la délégation aux droits des femmes, dans le cadre de ses travaux sur la radicalisation masculiniste, l’intervention d’Alexandre Ledrait, Professeur des Universités en psychopathologie clinique et psychocriminologie à l’université de Caen Normandie, a retenu l’attention de Women eLife.
Seul expert judiciaire en France à avoir réalisé l’expertise du seul masculiniste condamné pour des faits terroristes, il apporte un regard unique, fondé sur des cas réels.
L’occasion pour lui de tirer le signal d’alarme en jugeant que les politiques se trompent de combat.
Alors que la délégation mène depuis plusieurs mois une série d’auditions pour comprendre l’ampleur et les ressorts des mouvements masculinistes, son intervention marque un déplacement important du regard : passer d’une lecture uniquement sécuritaire à une approche centrée sur la prévention, la santé mentale et un profil type de masculiniste.
Devant les sénateurs et sénatrices, Alexandre Ledrait, a mis en évidence les points suivants :
- Le masculinisme n’est pas d’abord un problème idéologique ou sécuritaire, mais une réponse à une souffrance psychique chez certains adolescents
- Les politiques publiques actuelles, centrées sur le contre-discours et la régulation, arrivent trop tard et passent à côté du problème
- Les contre-discours idéologiques sont inefficaces, voire renforcent l’adhésion des jeunes
- La radicalisation masculiniste fonctionne comme une « béquille psychique », offrant une identité clé en main à des jeunes en perte de repères
- Les algorithmes jouent un rôle central en enfermant progressivement les adolescents dans des logiques de reconnaissance et de radicalisation
Il a également présenté une modélisation des trajectoires de radicalisation, identifiant des facteurs récurrents : humiliations, harcèlement, troubles identitaires, rapport au corps et au sexuel, qui permettent de comprendre pourquoi certains jeunes basculent.
Son analyse est claire : le masculinisme ne crée pas la violence, il structure et canalise une souffrance déjà présente, en lui donnant une explication et une identité.
Il tire donc le signal d’alarme : « tant que la réponse restera sécuritaire et idéologique, tant que l’on ne traitera pas la santé mentale et les trajectoires individuelles, nous continuerons à intervenir trop tard et les réponses des pouvoirs publics resteront en échec », explique-t-il.
Women eLife partage pleinement cette analyse d’un phénomène dont la méconnaissance et l’incompréhension, ont des effets délétères sur ce qu’il convient d’appeler la normalité des rapports humains entre hommes et femmes.
Comprendre ce qui conduit concrètement certains jeunes à basculer dans le masculinisme, et pourquoi les réponses actuelles échouent, éviterait sans nul doute de faire fausse route sur les moyens à mettre en oeuvre dès le plus jeune âge, en termes de diagnostic comportemental et d’éducation, pour pallier des comportements qui peuvent et surtout se doivent d’être corrigés.
L’occasion pour votre magazine féminin de souligner que la technologie via réseaux sociaux notamment, exploite une faille psychologique préexistante. Car en se réfugiant dans l’univers de relations virtuelles, les jeunes ne cherchent pas forcément la haine, ils cherchent le plus souvent une réponse à leur mal-être, l’algorithme présentant l’intérêt pour eux de leur donner accès à une idéologie « clé en main ».
Sans doute, faut-il insister sur le manque de moyens en psychologie scolaire ou juvénile, qui semble être le maillon faible identifié par l’expert.
La distinction faite entre « ne pas créer la violence » mais « la structurer » est essentielle. C’est d’ailleurs ce qui fait la différence entre le symptôme et la maladie.
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