À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, Women eLife a cherché à savoir comment s’est déroulé cet évènement dans de nombreux pays, et quels ont été les sujets de préoccupation les plus souvent mis en avant lors des défilés.
L’examen de la presse étrangère met tout d’abord en lumière un constat doux-amer qui veut qu’en dépit de la célébration de victoires symboliques, l’accès réel à la justice et la sécurité des femmes restent des points de fracture majeurs à l’échelle mondiale.
La presse internationale s’est largement fait l’écho d’un chiffre choc publié par l’ONU Femmes sur le thème « «Droits. Justice. Action » qui souligne que les femmes ne disposent que de 64 % des droits légaux dont jouissent les hommes à travers le monde.
Mais examinons plus en détail comment s’est déroulée cette Journée internationale des droits des femmes dans différents pays.
Comme chaque année, l’Espagne a été le théâtre de mobilisations massives. Selon El País, des dizaines de milliers de personnes ont défilé à Madrid et Barcelone. Cette année, les revendications ont dépassé les frontières nationales, les manifestantes exprimant une solidarité marquée envers les femmes victimes des conflits armés au Proche-Orient et Moyen-Orient. À Madrid, les discours ont explicitement lié la lutte féministe à la situation à Gaza et en Afghanistan. Des journalistes afghanes en exil ont pris la parole pour rappeler que « la lutte est commune ». Il en est ressorti un refus de la « loi de la jungle » et une demande de protection internationale renforcée pour les femmes déplacées par la guerre.
En Turquie, à Istanbul, malgré les restrictions, les militantes ont bravé les interdictions pour scander des slogans contre les féminicides. La presse régionale a souligné une tension croissante entre les mouvements féministes et le gouvernement, avec une focalisation sur la protection juridique des victimes de violences domestiques.
En Asie du Sud-Est, au Cambodge et Philippines le 8 mars est resté très ancré dans ses racines sociales. À Phnom Penh, des travailleuses du secteur du textile ont manifesté pour l’égalité salariale et de meilleures conditions de travail, utilisant le slogan « Give to Gain » (Donner pour gagner), centré sur l’investissement dans les infrastructures de soin et d’éducation.
En Iran, en dépit des intenses bombardements effectués par Israël et les États-Unis sur les stockages pétroliers qui plongent notamment Téhéran dans l’obscurité totale en plein jour, le mouvement « Femme, Vie, Liberté » ne s’est pas éteint. Les médias comme The Women’s Journal rapportent que l’esprit de résistance reste vif en Iran. Malgré la répression, des actes de désobéissance civile ont marqué cette journée, rappelant que le combat pour les droits fondamentaux y est une question de survie quotidienne.
À Kyiv et dans d’autres villes ukrainiennes, le 8 mars a été marqué par la « Marche des Femmes ». Les manifestantes ont dénoncé le harcèlement sexuel dans les forces armées (via le projet de loi n°13037) et la double charge des femmes qui gèrent l’économie de guerre et les soins domestiques pendant que les hommes sont au front. La presse a relayé le cri d’alarme sur l’effondrement des financements pour les organisations de défense des droits des femmes en zone de conflit.
Aux États-Unis, l’organisation Women’s March a fait un lien direct entre les politiques intérieures et les conflits étrangers. L’impact de la guerre au Moyen-Orient sur les populations civiles féminines a été un point de ralliement pour de nombreuses sections locales. La mobilisation des Américaines a également porté sur les droits reproductifs, quatre ans après le recul de la protection constitutionnelle de l’avortement.
En Finlande, 120 ans après avoir été le premier pays européen à accorder le droit de vote aux femmes, les manifestations féminines ont appelé le pays à briser le plafond de verre des 40 % de femmes en politique locale.
En Afrique, et notamment en Tanzanie et au Kenya, focus a été mis sur la « Diplomatie féministe » et l’accès des femmes aux postes de décision dans les salles de rédaction.
La presse anglo-saxonne (The Guardian, PBS) et les organisations internationales (UNESCO) ont mis en garde contre des nouvelles menaces liées à l’absence de protection juridique face aux abus générés par l’intelligence artificielle qui cible de manière disproportionnée les femmes.
La Media Freedom Coalition a publié une déclaration commune alertant sur l’augmentation des attaques en ligne contre les femmes journalistes, visant à les exclure de l’espace public. L’occasion d’exprimer une pensée pour les femmes présentes sur les lieux de guerre qui à l’instar de celles internant pour la chaine Al Jazeera au Moyen-Orient, font preuve d’un professionnalisme et courage exemplaires.
Au siège de l’ONU, les discussions autour de la CSW70 (Commission de la condition de la femme) ont été dominées par l’urgence humanitaire avec la publication de rapports sur les violences sexuelles liées aux conflits en Ukraine et l’impact des frappes militaires récentes au Moyen-Orient (notamment les tensions impliquant l’Iran) sur la sécurité des filles.
En France, à Paris comme dans les grandes villes, les cortèges ont mis en avant la solidarité internationale. Les manifestantes ont défilé derrière des mots d’ordre dénonçant « les impérialismes et les droites » qui broient les droits des femmes. Le sort des femmes en Palestine, au Soudan et en Ukraine a été cité dans presque tous les appels syndicaux et associatifs (notamment par la CGT, la FSU et des collectifs comme Grève Féministe).
Cette année, la Journée internationale des droits des femmes n’a pu faire l’impasse sur les conflits armés qui, se propageant comme une traînée de poudre, font des femmes et des enfants les premières victimes. Mais ce sujet dominant n’a pas occulté les autres fronts : des violences systémiques aux inégalités de droits persistantes, le combat continue pour que le plafond de verre ne soit plus une limite, mais un vestige du passé.
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