GENDER GAP : ENQUÊTE AUPRÈS D’ADOLESCENTS GARÇONS ET FILLES QUI EN DIT LONG  

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L’enquête réalisée par l’Ifop pour le magazine Elle auprès de filles et de garçons qui ont 15, 16 et 17 ans aujourd’hui, ne manque pas d’intérêt pour plusieurs raisons. Tout d’abord parce...

L’enquête réalisée par l’Ifop pour le magazine Elle auprès de filles et de garçons qui ont 15, 16 et 17 ans aujourd’hui, ne manque pas d’intérêt pour plusieurs raisons.

Tout d’abord parce que le gender gap, une expression anglaise, qui mesure les différences d’opinions ou d’attitudes entre hommes et femmes concernant divers enjeux publics et privés, notamment les candidats politiques, les partis ou les programmes, trouve un écho révélateur à travers ce sondage d’opinion ciblé.

Ensuite, parce que les sentiments exprimés par les 1 028 adolescents de 15 à 17 ans vivant en France métropolitaine, s’inscrivent dans le contexte #Metoo qui depuis lors met sous le feu de l’actualité deux tendances aux conséquences pernicieuses.

D’une part, un féminisme et un masculinisme qui tendent à rendre délétères les rapports humains entre les deux sexes, qu’il s’agisse d’inégalité de droits voire d’abus caractérisés aux graves conséquences pouvant aller jusqu’au viol voire au féminicide ; et d’autre part un phénomène préoccupant au niveau sociétal pour une nation  que traduit la tendance à la dénatalité.

Face à ces situations, Women eLife, estime particulièrement intéressant de connaître les réponses apportées par les adolescents aux  questions qui leur ont été posées. 

Et pour démarrer, nous retenons la dernière information recueillie dans l’enquête  compte tenu de son caractère rassurant concernant la notion du respect du consentement unanimement partagé : 96% des adolescents de 15 à 17 ans considérant qu’il est indispensable, sans différence notable entre les filles et les garçons.

Ce socle de respect mutuel, s’il est acquis sur le plan des principes, demande pourtant à être incarné dans les usages quotidiens pour dissiper le malaise ambiant. C’est précisément là que l’élégance du comportement peut pallier les tensions du « gender gap ». À cet égard, la parution prochaine (11 mars 2026) chez Albin Michel du Guide so british des bonnes manières de William Hanson tombe à point nommé.

Loin d’être un carcan rigide, cet ouvrage à mettre entre toutes les mains dépoussière les codes du savoir-vivre avec humour et pédagogie. En adaptant l’étiquette aux réalités contemporaines — des réseaux sociaux au small talk — Hanson propose une grammaire de la relation qui permet de naviguer avec bienveillance dans une époque où la séduction semble devenue un terrain miné. Car, au-delà des règles de table, le véritable savoir-vivre est peut-être le remède le plus efficace contre les stéréotypes et l’agressivité que l’enquête de l’Ifop met en lumière.

Mais revenons plus en détail sur les résultats de l’enquête citée en référence, mais aussi ce qui nous semble à nos yeux le plus significatif. 

Globalement plus d’un jeune sur deux se déclare préoccupé par la défense des droits des femmes (57%). Assez logiquement, il n’est pas surprenant que 69% des filles se disent inquiètes pour leurs droits, contre 45% des garçons.

Pour 46% des jeunes de la tranche d’âge ciblée dans l’enquête, mieux vaut être un garçon qu’une fille dans la société, un sentiment exprimé de façon beaucoup plus importante par 65% des adultes. Toutefois, en dépit de ce qu’on peut en déduire, les filles ne sont légèrement plus nombreuses que les garçons à penser qu’il vaut mieux être un garçon (50% contre 42%).

L’enquête met également en lumière une fracture idéologique là où les convictions religieuses entrent en jeu, révélant une persistance plus marquée des stéréotypes de genre. L’adhésion aux schémas traditionnels, voire misogynes, semble proportionnelle à l’intensité de la pratique ou de la croyance.

Ainsi, l’idée que les féministes « détestent les hommes » trouve un écho chez 44 % des jeunes croyants (contre 36 % chez les athées). Plus révélateur encore : la structure du couple reste empreinte d’un modèle patriarcal pour une partie de cette jeunesse. Si 31 % des jeunes musulmans estiment que l’homme doit trancher les décisions finales, ce chiffre tombe à 17 % chez les catholiques et s’effondre à 8 % chez les jeunes sans religion.

Cette résistance au changement ne s’arrête pas à la sphère privée ; elle s’étend aux droits sociétaux. Les stéréotypes LGBTphobes restent ancrés chez les jeunes les plus religieux, dont 40 % s’opposent à l’homoparentalité (contre seulement 13 % chez les athées). Plus inquiétant, l’acceptation d’une certaine forme de violence — 23 % des jeunes musulmans jugeant parfois « compréhensibles » les agressions envers les homosexuels — souligne l’urgence d’un dialogue renouvelé sur la tolérance et l’altérité. 

Au-delà de ces données issues de l’enquête, les réponses apportées par une jeunesse en âge d’une nouvelle découverte de l’autre sexe attestent d’un malaise ambiant. Et ce bien que 90% des jeunes déclarent avoir au moins un ami du sexe opposé.

Affirmer que #Metoo a laissé une trace notable sur la séduction entre les adolescents serait faire l’impasse sur le grand nombre d’affaires qui font les gros titres d’affaires scabreuses qui de Gisèle Pelicot à Epstein, en passant par les divorces et violences éclairent, jour après jour, un sinistre tableau.

Faut-il s’étonner qu’un jeune sur deux estime qu’il est devenu plus difficile de séduire, 44% des filles et 56% des garçons partageant ce sentiment ?

Au vu de ce qui précède, peut-on être surpris que les garçons soient perçus par les filles comme moins « cool » (-9 points), moins gentils (-7 points) et surtout moins romantiques (-17 points) qu’il y a 25 ans, alors que les adjectifs péjoratifs machos , agressifs, et violents n’enregistrent qu’une faible augmentation ?

Les adultes, comme l’univers dans lequel l’ensemble de la société se trouve plongée, portent une lourde responsabilité dans la manifeste défiance qu’éprouve une jeunesse spectatrice d’un profond désordre.

Il n’est donc pas étonnant qu’en ces temps troublés, seuls 57% des jeunes de 15 à 17 ans déclarent vouloir avoir des enfants, un chiffre nettement inférieur à celui observé il y a 40 ans, où 77% des jeunes du même âge exprimaient cette envie. Par ailleurs, 31% des jeunes filles « très féministes » ne souhaitent pas avoir l’enfant, soit trois fois plus que chez celles non féministes (12%).

Au-delà des chiffres, c’est le portrait d’une génération en quête de repères qui se dessine. Entre le fracas des crises climatiques et les échos de conflits mondiaux et de guerres, nos adolescents tentent de réinventer l’altérité dans un monde qui semble avoir perdu sa boussole. La défiance qu’ils expriment n’est pas un désaveu de l’amour, mais un signal d’alarme adressé aux adultes, comptables d’un désordre dont ils sont les spectateurs forcés.

Il n’est donc plus seulement question de statistiques, mais d’un choix de civilisation. Si l’envie d’enfant s’érode et que la séduction se fige, c’est que le récit que nous leur offrons manque cruellement d’horizon.

Redonner confiance à cette jeunesse, c’est d’abord lui prouver par l’exemple que la relation humaine peut s’affranchir du sexisme pour devenir un espace de liberté et de croissance. Plus que de simples réformes, c’est une véritable pédagogie du respect mutuel qu’il nous faut bâtir. Il est temps de restaurer, chez ces adultes de demain, non seulement la dynamique de l’échange, mais plus fondamentalement, cette irremplaçable envie de vivre et de construire ensemble. 

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