Comment expliquer ce brusque retour à la raison des parlementaires qui viennent d’inscrire dans la loi française un droit fondamental pour toutes et tous ?
Cinquante ans après la loi Veil, le Parlement français a en effet voté, le 18 décembre 2025, la réhabilitation des femmes condamnées pour avortement avant 1975. Un vote discret en apparence, dont la portée est plus que symbolique. Car derrière cette décision tardive se cache la reconnaissance officielle d’une erreur qui a conduit la République française a punir des femmes pour avoir disposé de leur corps comme elles l’entendaient.
Longtemps considérées comme des délinquantes, parfois emprisonnées, souvent humiliées, ces femmes ont été trop longtemps les victimes d’un système juridique, moral et social patriarcal fondé sur le contrôle du corps féminin. Or, aujourd’hui, la France admet enfin que ces condamnations relevaient d’une injustice.
Certes, la loi votée ne prévoit ni indemnisation financière, ni annulation individuelle de casiers judiciaires. Toutefois, elle instaure une réhabilitation collective et mémorielle, accompagnée de la création d’une commission chargée de recueillir les témoignages et de transmettre cette histoire longtemps enfouie.
Bien que pour certaines associations féministes, le geste salutaire reste incomplet, il constitue pour beaucoup une étape essentielle dans la reconnaissance des violences institutionnelles subies par les femmes.
Faut-il rappeler que la France a inscrit le droit à l’interruption volontaire de grossesse dans sa Constitution en 2024 : une première mondiale. Cette avancée majeure a replacé les droits reproductifs au cœur du débat public, non plus comme un acquis fragile, mais comme un droit fondamental à protéger.
À ce sujet, les reculs observés à l’international, notamment aux États-Unis, ont sans nul doute servi d’électrochoc.
D’autant que simultanément en France, la réhabilitation des personnes condamnées pour homosexualité au XXᵉ siècle procède d’une logique similaire.
Ce rapprochement n’est pas fortuit. Il souligne une réalité souvent occultée : les lois pénales ont longtemps servi d’outils de normalisation sociale, ciblant en priorité les femmes et les minorités sexuelles. Autrement dit, la République réhabilite aujourd’hui celles et ceux qu’elle a autrefois jugés « déviants ».
La démarche française fait figure d’exemple, surtout lorsqu’on examine la situation qui prévaut dans d’autres pays.
Bien qu’en Europe, la majorité des pays aient légalisé l’avortement, peu ont engagé un travail de réhabilitation des condamnations passées dans ce domaine. À titre d’exemple, la Pologne, durcit encore ses lois, poursuivant des militantes pour aide à l’avortement. À Malte, l’interdiction n’a été assouplie qu’à la marge. Au Royaume-Uni, des textes anciens permettent toujours des poursuites dans certains cas.
Aux États-Unis, la situation est encore plus contrastée. Depuis l’annulation de Roe v. Wade, l’accès à l’avortement dépend de l’État de résidence. Certaines législations criminalisent à nouveau des pratiques liées à l’IVG, sans qu’aucune réflexion nationale ne soit engagée sur les condamnations passées. Là où la France réhabilite, l’Amérique divise.
Réhabiliter ces femmes ou homosexuels qui ont été condamnés ou critiqués, c’est admettre que la loi peut être injuste, et que le progrès ne consiste pas seulement à voter de nouveaux droits, mais aussi à réparer symboliquement ceux qui ont été bafoués.
Dans un monde où les droits des femmes et des personnes LGBT+ restent fragiles, contestés, parfois menacés, le vote du Parlement français en faveur de la réhabilitation de personnes injustement condamnées, témoigne d’une prise de conscience qui s’inscrit dans le marbre : le respect du droit de tout individu de faire un choix de vie.
Pour Women eLife, la décision qui a été prise en France, constitue un acte de lucidité démocratique qui se doit d’être salué.
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