Réputé auparavant pour sa pratique du « wait and see » lorsqu’il fût question de prendre des décisions de cette nature, Emmanuel Macron, chef de l’Etat, a déjoué, le 9 septembre, tous les pronostics en nommant un nouveau Premier ministre dès la démission de son prédécesseur enregistrée.
C’est donc à la surprise générale qu’un fidèle parmi les fidèles a été choisi en la personne de Sébastien Lecornu, pour assurer, sans plus tarder, la très délicate mission consistant, dans un premier temps, à rencontrer les représentants des différents groupes politiques, puis de constituer et proposer une équipe soudée d’un gouvernement appelé à poursuivre le règne de la Macronie.
Un personnage qui fait un peu figure de dernière munition de la ceinture à cartouches.
Pour celui qui fût depuis 2017, plusieurs fois désigné à la tête de différents ministères, et s’est notamment vu confier le poste de ministre des Armées, la promotion à l’âge de 39 ans, au rang de Premier ministre, ne doit rien au hasard. Et sans doute a t’on bien conscience dans la haute sphère du pouvoir qu’une telle nomination ne doit pas être une balle perdue, sachant qu’il s’agit également de défendre ce qu’il reste du petit contingent de fervents membres du régiment macroniste.
Il faut reconnaître que le choix du président de la République qui est également chef des Armées, a été particulièrement rapide et obéit vraisemblablement par son ciblage à une stratégie qui se veut opérationnelle dans les meilleurs délais.
Toutefois, fallait-il agir aussi vite ?
Les dates des 10, 15 et 18 septembre qui mettent en lumière des manifestations de mouvements de contestation, expliquent-elles à elles seules une telle précipitation ?
Sébastien Lecornu saura t’il faire des miracles ? Et surtout combattre tout en évitant les tirs de sommation et autres blocages de partis qui entendent conserver dans leur besace des motions de censure destinées à mettre en péril toute initiative ou mesure type 49-3 en rupture avec les dessins de redoutables adversaires prêts à se coaliser en dépit de leurs profonds désaccords de fond.
De quoi justifier le maintien d’une attention particulière concernant le déroulement des évènements à venir.
D’autant que la précipitation n’est pas sans risques.
La précipitation incarne la confusion entre agir vite et agir bien. Sous l’effet de l’urgence ou de l’impatience, elle nous pousse à ignorer les étapes nécessaires à la justesse. Pourtant, toute action véritable exige une maturation, un temps où la réflexion prépare et guide l’élan. Celui qui se précipite gagne peut-être l’instant, mais perd la maîtrise ; il s’expose aux erreurs dont les conséquences demanderont ensuite une énergie plus grande que celle qu’il croyait économiser. À l’inverse, celui qui sait tempérer son mouvement par la lucidité découvre que la patience n’est pas inertie, mais puissance retenue, prête à se déployer avec efficacité.
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