DES MANIFESTATIONS DE LA JEUNESSE AU MALAISE INTERGÉNÉRATIONNEL : QUE RÉVÈLENT LES REVENDICATIONS À TRAVERS LE MONDE ? 

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Penser que la France est le seul pays où la jeunesse, mais aussi d'autres catégories de la population, manifestent, parfois au prix de violences récurrentes, en raison de problèmes politiques,...

Penser que la France est le seul pays où la jeunesse, mais aussi d’autres catégories de la population, manifestent, parfois au prix de violences récurrentes, en raison de problèmes politiques, économiques, sociaux, éducatifs et environnementaux serait une erreur. Surtout en ces temps agités, où les tensions géopolitiques, dont les conséquences sont largement perceptibles, tendent à assombrir les perspectives de sortie de crise et génèrent simultanément de légitimes inquiétudes, toutes générations confondues.

En France, en marge des manifestations organisées le 17 octobre, les violences et saccages inqualifiables de la part de casseurs qui ont eu lieu à Paris comme dans de grandes villes, ont provoqué à juste titre stupeur et indignation parmi la population. Mais ces dernières semaines, de tels évènements se sont également produits notamment en Italie et au Portugal. À Milan, des émeutiers se sont heurtés aux forces de l’ordre et ont incendié des biens, tandis qu’à Lisbonne, un campement de tentes a été érigé au cours du week-end pour réclamer des mesures face à la crise du logement et à la hausse du coût de la vie.

Ces derniers jours, le mouvement lycéen allemand a également commencé à reprendre certaines méthodes d’action du mouvement actuel en France. Des blocages de lycées à Hambourg et à Berlin sont venus s’ajouter aux mobilisations déjà importantes de la jeunesse allemande contre la militarisation du pays. Ces rapprochements entre les mouvements de jeunes, de part et d’autre du Rhin, interrogent sur leurs préoccupations, notamment en matière d’éducation et d’avenir.

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En Italie, samedi, une manifestation organisée dans le centre de Milan contre la hausse du coût de la vie, qui avait débuté dans le calme, a dégénéré. Des émeutiers masqués ont jeté des pierres, des pavés et divers objets sur les forces de l’ordre, avant de mettre le feu à des barricades improvisées. Lors des affrontements, la police a eu recours à des canons à eau et à des gaz lacrymogènes pour disperser la foule. 

Sans doute inspirés par le mouvement lycéens en France, à Turin, de nombreux lycées ont été bloqués par des élèves dénonçant l’insalubrité de leurs établissements. Lors des rassemblements, certains n’ont pas hésité à scander « Facciamo come in Francia » (« Faisons comme en France ») ou « L’école est à nous », rapporte l’agence de presse italienne ANSA.

Au Portugal, des centaines de manifestants se sont rassemblés dans la nuit sur la place du Rossio, au cœur du quartier touristique et très animé de Lisbonne, à l’issue d’une marche qui avait mobilisé des milliers de personnes à travers le pays. L’installation d’un campement de tentes rappelle celui mis en place à Madrid quelques semaines auparavant. Dans les deux cas, les manifestants entendent toutes générations confondues attirer l’attention sur les difficultés d’accès au logement et la hausse du coût de la vie.

La semaine dernière, des manifestations violentes ont également eu lieu en Albanie. Les manifestants, mécontents des conditions dans les universités et du montant élevé des frais de scolarité, ont exigé la démission du Premier ministre, Edi Rama. Samedi, des participants ont lancé des pierres, des cocktails Molotov, des objets métalliques et des engins pyrotechniques sur les forces de l’ordre. Ils ont également incendié des voitures et des poubelles, transformées en barricades en flammes pour entraver la progression de la police.

Signe d’une escalade de la violence, les forces de l’ordre ont fait usage de balles en caoutchouc contre les manifestants, une première depuis le début du mouvement de contestation. Les affrontements se sont poursuivis jusque tard dans la nuit. Plusieurs bâtiments, dont un tribunal, des banques et un bureau de poste, ont été incendiés ou gravement endommagés.

L’Inde n’échappe pas à ce mouvement de contestation de la jeunesse. Comme nous nous en sommes fait l’écho dans une récente chronique, Neha Bora, militante de la génération Z et l’un des visages les plus visibles d’un mouvement de protestation baptisé « Cafards », s’est faite la porte-parole d’une mobilisation invoquant souvent les droits constitutionnels. Les griefs des étudiants s’y trouvent associés à des questions plus larges d’inégalités et de responsabilité gouvernementale, qu’il s’agisse des scandales liés aux examens scolaires, du chômage ou des actions violentes de la police.

Les garçons et les filles qui ont tenté de participer à la manifestation de samedi ont été empêchés de rejoindre le rassemblement par un important dispositif de sécurité. Plus de 25 000 policiers auraient été mobilisés pour ériger des barrages routiers, tandis que l’accès à Internet et les transports en commun étaient interrompus. Plus de 7 000 personnes auraient été placées en garde à vue, nombre d’entre elles avant même d’avoir atteint le lieu de rassemblement, au centre de la capitale.

Les manifestations et les mobilisations de la jeunesse ne se limitent pas à ces pays. La Belgique connaît également des mouvements de contestation, sur fond de revendications relatives à l’éducation et aux politiques publiques, tandis que les inquiétudes concernant l’avenir et la place accordée aux jeunes dans la société alimentent les débats.

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Si certains pays semblent encore échapper à cette vague de colère, qui n’est pas seulement l’expression d’une jeunesse aux abois, il ne faut pas croire que le calme règne pour autant en Grande-Bretagne ou aux États-Unis.

Outre-Atlantique, les mouvements lycéens et étudiants s’inscrivent eux aussi dans une longue tradition d’activisme et de désobéissance civile. En octobre 2026, l’actualité américaine est notamment marquée par les manifestations « No Kings », organisées à l’approche des élections de mi-mandat (midterms). Si ces rassemblements réunissent des participants de plusieurs générations, les campus et les lycées demeurent historiquement des lieux importants de contestation politique, sociale et environnementale pour la jeunesse américaine.

La presse étrangère suit évidemment avec attention les mobilisations des lycéens et des étudiants dans l’Hexagone.  C’est d’ailleurs ce qui conduit plusieurs titres à s’interroger sur l’émergence possible d’un mouvement international de la jeunesse, tandis que d’autres soulignent les particularités françaises, en évoquant notamment la question de la dette ou certaines formes de nihilisme.

Quoi qu’il en soit, une réalité saute aux yeux : celle d’un profond malaise qui traverse plusieurs sociétés et dont la jeunesse se fait souvent le porte-voix. Le pouvoir d’achat, l’accès au logement, l’avenir professionnel, les failles du système éducatif, les menaces environnementales et la confiance dans les institutions figurent parmi les préoccupations qui alimentent les contestations, bien que les causes et le mode opératoire des manifestations diffèrent d’un pays à l’autre.

Mais une chose apparaît clairement dans ces mouvements de contestation. Les revendications s’expriment sur fond de politiques qui n’ont pas toujours su mettre en place de véritables projets de société, capables de rassurer et d’encourager la jeune génération, mais aussi les adultes, quant aux perspectives d’avenir. Dans un monde dont chacun et chacune mesure l’imprévisibilité et les dangers encourus, l’absence de perspectives suffisamment lisibles nourrit à juste titre les inquiétudes et accentue les tensions, donnant aux manifestations de la jeunesse une portée intergénérationnelle.

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