Le soleil levant a beau être omniprésent dans la culture et les arts japonais, « Black Box Diaries », a tout d’abord été un livre avant de devenir un film sorti hier en salles en France. Bien que proscrit au Japon, sa nomination aux Oscars témoigne que ce qu’il donne à voir et à comprendre concernant les viols, les dépôts de plaintes, les pressions exercées au plus haut niveau, les failles du système judiciaire, et l‘embarras au sein de la société japonaise.
Shiori Itō nous livre son histoire qui débute en 2015. Alors qu’elle est une jeune stagiaire en journalisme et cherche un emploi dans la presse, elle est amenée à rencontrer Noriyuki Yamaguchi, directeur du bureau américain de la chaîne télévisée TBS, mais aussi proche du Premier ministre japonais Shinzo Abe. Et ce dirigeant de la télévision juge l’entretien d’embauche avec cette jeune journaliste concluant. Mais ce qui s’en suit se transforme très vite en cauchemar pour Shiori Itō.
Droguée par cet homme au restaurant, la jeune femme est traînée en taxi jusqu’à l’hôtel du journaliste, inconsciente. À son réveil, son corps criblé de bleus et taché de sang témoigne d’une rare violence. Face à cette situation, Shiori Ito, s’engage alors dans une lutte acharnée pour faire reconnaître son viol et obtenir justice.
Après avoir renoncé à son droit à l’anonymat pour porter plainte pour viol contre son agresseur, bien qu’exposée à un déferlement de violence pour mener à bien son enquête, la jeune femme enregistre, filme et compile des centaines d’enregistrements accablants qu’elle expose aux yeux de tous. Pour arriver à ce résultat, Shiori Ito n’hésite pas à déployer des techniques extrêmes : micros dissimulés dans ses sous-vêtements, traque des enregistreurs installés illégalement chez elle.
Journaliste aguerrie, seule contre tous, la jeune femme est embarquée dans une guerre contre un journaliste reconnu et surtout proche du Premier ministre japonais. Le film nous offre des images inédites de sa vie mouvementée, alors qu’elle prépare son dossier juridique, lorsqu’elle obtient d’ un enquêteur de la police de Tokyo des informations secrètes sous couvert d’anonymat, ou encore le témoignage employé de l’hôtel qui atteste publiquement avoir vu Yamaguchi la porter, manifestement incapable de bouger, dans l’immeuble.
» Black box diaries » titre de son film documentaire, fait clairement référence aux boites noires placées à bord d’avions, qui contiennent toutes les informations en mesure de révéler les raisons et les détails d’un crash, aux enquêteurs. Une technique qui protège les passagers de l’injustice et de l’oubli. Aussi, Shiori Ito qui est à la fois la victime et l’enquêtrice du viol qu’elle a subi, a t’elle recours à sa boite noire qui confère à son récit des éléments de preuves en révélant d’indéniables vérités.
Son film documentaire apporte clairement la démonstration que soumission chimique et viol ne connaissent pas de frontières et s’immiscent également parfois dans les plus hautes sphères d’un patriarcat dominant. Son interdiction au Japon, prouve par ailleurs que la société japonaise digère visiblement assez mal que de tels actes puissent à la fois exister et être rendus publics, ayant pour conséquence de ternir l’image du pays .
Sans se laisser décourager, elle a adopté une approche journalistique, enquêtant sur sa propre agression pour un livre et pour ce documentaire courageux. En 2020, la cinéaste, journaliste, auteure et militante Shiori Itō avait été désignée par le magazine Time comme l’une des personnalités les plus influentes au monde.
Avec « »Black Box Diaries », Shiori Itō est devenue de plus la figure de proue du mouvement japonais #MeToo.
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