FÉMINISME ET MASCULINISME SONT DANS UN BÂTEAU : DEVINEZ CE QUI TOMBE A L’EAU ?

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En publiant le 20 janvier, jour de l’investiture du 47eme président des États-Unis, son rapport annuel, le Haut Conseil à l’Égalité entre les hommes et les femmes ( HCE) ne pouvait savoir que Donald...

En publiant le 20 janvier, jour de l’investiture du 47eme président des États-Unis, son rapport annuel, le Haut Conseil à l’Égalité entre les hommes et les femmes ( HCE) ne pouvait savoir que Donald Trump s’empresserait de décréter entre autres : « il n’existe que deux genres : masculin et féminin ». Cette déclaration est-elle de nature à influencer la lutte contre le sexisme qui a propulsé le mouvement #MeToo au devant de la scène internationale, et a permis de dénoncer et condamner toutes les formes de discrimination, violences sexuelles voire féminicides auxquelles des femmes, peuvent se trouver confrontées ? Ne présente t’elle pas le risque de stigmatiser les minorités sexuelles et de genre, connues sous le sigle LGBT ou d’autres variantes (LGBTQIA+, MOGAI) ?

Sans reprendre tous les chapitres dudit rapport, parmi lesquels certains feront ultérieurement l’objet de nouvelles analyses, cet évènement permet de revenir sur nombre d’informations et enseignements que l’étude réalisée en France met en évidence.

Surtout lorsque Bérangère Couillard, présidente du HCE déclare : « Les femmes sont plus féministes, et les hommes, plus masculinistes, surtout les jeunes ». L’occasion de rappeler qu’aux Etats-Unis, 45 % des jeunes hommes ont voté pour le républicain Donald Trump à l’élection présidentielle, quand 72 % des jeunes femmes ont soutenu la démocrate Kamala Harris.

Concernant la situation en France, le rapport du HCE révèle que 94% de femmes de 15 à 24 ans estiment qu’il est plus difficile d’être une femme aujourd’hui, soit 14 points de plus qu’en 2023, quand seulement 67% des hommes de 15-24 ans le pensent (+8%). Quant au « Baromètre sexisme » produit en collaboration avec l’institut Toluna Harris Interactive, il met en lumière deux constats inquiétants :

• Une polarisation sociale autour des enjeux d’égalité de genre notamment dans les médias et les discours politiques.

• Des inégalités sociales et économiques très nettement persistantes. Alors, à qui la faute et quels secteurs témoignent d’un sexisme prononcé ?

Force est tout d’abord de constater que les médias arrivent en première position, 57% des femmes considérant encore que femmes et hommes ne sont pas traité·es de la même manière. Une tendance que l’on retrouve à propos des réseaux sociaux, 55 % des Français·es partageant cette même opinion. La deuxième sphère dans laquelle le sentiment d’inégalité se ressent le plus après le travail est la politique. 78 % des femmes (et 70 % des Français·es en général) considèrent que femmes et hommes ne sont pas traité.es de façon identique, un chiffre en augmentation de 3 points en 2024. Une polarisation qui prend également toute sa dimension au niveau international. La division très genrée des responsabilités apparaît flagrante, sachant que pour la première fois depuis 50 ans, il y a chez nous proportionnellement moins de députées que de sénatrices.

Si les situations impliquant violence et/ou pression psychologique engendrent un sentiment de révolte entre hommes et femmes, ce sont les situations « ordinaires » qui génèrent le plus d’indifférence de la part des hommes. Et de citer à titre d’exemple, l’attitude d’un homme qui commente la tenue vestimentaire d’une femme qui est perçue comme dérangeante par 80 % des femmes contre 61 % des hommes, tandis qu’une remarque ou blague sexiste est dérangeante pour 3 femmes sur 4 mais seulement 1 homme sur 2. Si le sentiment de révolte concernant les situations les plus violentes continue de progresser (autant auprès des hommes que des femmes), il tend à se stabiliser voire à reculer légèrement concernant certaines situations perçues comme plus ordinaires.

Si plusieurs évolutions sociétales sont aujourd’hui bien acceptées – 91 % estiment qu’une femme présidente est capable de diriger le pays (+2), 84 % qu’il est acceptable qu’une femme gagne plus que son conjoint (-1) – un certain nombre de stéréotypes perdurent : 3 Français sur 4 estiment que les hommes doivent protéger les femmes (une idée partagée par 7 femmes sur 10), 6 Français sur 10 estiment que les femmes sont naturellement plus douces que les hommes, et près d’1 Français sur 2 (45 %) qu‘il est normal qu’un homme paie l’addition au premier rendez-vous avec une femme. Ces stéréotypes se traduisent dans la vie quotidienne par un certain nombre de situations sexistes vécues de façon régulière.

Il y a globalement un écart important entre la perception générale des violences et une importante inertie à changer ses pratiques quotidiennes, que révèle la sensibilité beaucoup moins forte à tous les aspects du sexisme ordinaire.

Toutefois, la croissance du sentiment des jeunes hommes estimant que les difficultés existent pour les deux genres peut être lue comme une plus grande ouverture à la place relative des femmes et des hommes dans la société. Alors que les générations plus âgées (surtout masculines) se désintéressent de la question, les jeunes hommes semblent s’en emparer par un prisme nouveau : celui des difficultés réciproques (bien que principalement féminines). Toutefois, la différence d’appréciation entre les deux sexes, marque une nouvelle ligne de clivage au sein des jeunes générations dans la manière d’appréhender le sexisme.  En réalité, le sondage de cette année permet de montrer que l’exacerbation de la polarisation est surtout le fruit des médias, bien que l’opinion reflète davantage de nuances. La « résistance » au changement que certains hommes expriment serait davantage le signe qu’un changement positif s’opère de fait dans la société, la défense du patriarcat jusqu’ici simplement banalisée, n’étant pas moins exprimée avant. Cette analyse tend à rejoindre les résultats structurels de l’indice longitudinal de tolérance développé par le sociologue Vincent Tiberj qui montre le décalage croissant entre les expressions conservatrices dans les discours dominants, et la tolérance croissante des citoyens en réalité.

Si le procès Pélicot a été moteur d’une réflexion collective autour du rôle des hommes dans la perpétuation des violences à l’égard des femmes, et sur la conscientisation collective qu’il fallait adopter, Women eLife n’abordera pas ici le procès de Mazan qui a notamment permis de dénoncer à juste titre les risques inhérents à la soumission chimique dont des femmes peuvent être victimes.

Au regard de la ligne éditoriale de Women eLife qui met en avant les idées, projets et actions de filles et femmes, dans tous les domaines, à l’échelle nationale et internationale, ce sont les inégalités de traitement entre les femmes et les hommes reconnues à de multiples niveaux dans le Baromètre Sexisme, qui retiennent l’attention.

Il s’agit en premier lieu de celles qui existent dans le monde du travail en général (76 %, -1), dans la rue et les transports (71 %, +2), dans le monde politique (70 %, +2) ou encore dans le monde du sport (67 %, -1).

Le sexisme dans le monde professionnel demeure le principal domaine où l’on considère qu’il y a des inégalités. Pourtant le Code du travail prévoit depuis 1972, un « salaire égal pour un travail de valeur égale ». Ainsi, le baromètre Sexisme restitue que 83 % des femmes(et 76 % des Français.es en général) considèrent que les femmes et les hommes n’y sont pas traité.es de la même manière. 10 % des femmes ont déjà vécu une discrimination à l’emploi : à niveau supposé égal, on a choisi un homme plutôt qu’elles. Aussi, la polarisation politique et médiatique autour de la condition des femmes, qui se matérialise par exemple à travers des injonctions croissantes à la sphère domestique et à la maternité par exemple, peut avoir des effets concrets sur la dégradation des inégalités économiques dont les femmes sont déjà victimes.

Selon les dernières données Insee, le revenu salarial moyen des femmes est inférieur de 23,5 % à celui des hommes dans le secteur privé. Les différences de salaire s’expliquent surtout selon l’institut par la répartition genrée des professions et du temps : les femmes n’occupent pas le même type d’emploi, ne travaillent pas dans les mêmes secteurs que les hommes, accèdent moins aux postes les plus rémunérateurs, et occupent près de 80 % des emplois à temps partiel. Un phénomène renforcé dans certains territoires ruraux qui touche plus de 20 % de femmes dans le secteur médico-social, contre 11 % en milieu urbain. Il y a également la surreprésentation de métiers à prédominance masculine dans les territoires ruraux (construction, agriculture, transport).

Aussi, les stéréotypes de genre ont de forts impacts sur les conditions de travail et la reconnaissance des compétences des femmes et des hommes : selon le baromètre, le monde du travail reste encore perçu comme la sphère la plus inégalitaire, tant dans le choix des métiers exercés que dans les carrières et rémunérations, à qualification et compétence égales. En revanche, dans les expériences relatées par les femmes, il est important de noter un recul du sentiment d’avoir été discriminée dans ses choix d’orientation professionnelle (33 %, -7) ou dans son travail (41 %, -5, ce sont les baisses les plus nettes). De même, l’expérience de l’écart de salaire avec un collègue masculin est également en recul (21 %, -3). Et plus généralement, le stéréotype selon lequel « les femmes prennent les postes des hommes sur le marché du travail » est lui aussi en recul (15 %, -4, plus forte baisse). 

L’influence du phénomène de « boy’s club » au travail  est également soulignée à travers quelques chiffres. Ainsi, 44 % des Français·es trouvent dérangeante une réunion de travail où il n’y a que des hommes, ce qui représente cependant 5 points de moins qu’en 2023. De même, un homme qui explique à une femme ce qu’elle connait déjà, situation relativement courante sur le lieu de travail, dérange 64 % de la population, soit 5 % de moins que l’an dernier. Enfin, 10 % des femmes déclarent avoir déjà subi des étreintes ou baisers de la part d’ un collègue ou d’un homme qu’elles ne connaissaient pas. 


Quoi qu’il en soit, le dernier rapport du Secours catholique, souligne que la précarité féminine a régulièrement augmenté ces dernières décennies. Les femmes représentent désormais 57,5 % des personnes rencontrées par l’association, contre 52,6 % en 1999. Cette « féminisation » de la pauvreté s’observe de façon spectaculaire dans la proportion des femmes sans domicile, qui a considérablement augmenté depuis dix ans, atteignant 40 % des 300 000 adultes sans domicile, selon le dernier rapport d’information dédié de la Délégation aux droits des femmes du Sénat.

Alors que féminisme et masculinisme sont dans le même bateau, ce qui tombe à pic, à défaut de tomber à l’eau, c’est qu’une étude mette les points sur les deux i que partagent ces mouvements qui finiront tôt ou tard par ne plus avoir de sens, face aux immenses défis que devra relever l’humanité.


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