VIOLENCES SEXUELLES CHEZ LES JEUNES, UNE RÉALITÉ QUI NE PEUT ÊTRE PASSÉE SOUS SILENCE

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Alors que lycéens et étudiants restent en ces premiers jours de rentrée mobilisés autour de leurs revendications portant notamment sur l’amélioration des conditions d’études et leurs inquiétudes quant au manque...

Alors que lycéens et étudiants restent en ces premiers jours de rentrée mobilisés autour de leurs revendications portant notamment sur l’amélioration des conditions d’études et leurs inquiétudes quant au manque de perspectives, une autre réalité, beaucoup moins visible, à laquelle une partie de la jeunesse est confrontée, mérite également notre attention.

Il s’agit des résultats de l’enquête épidémiologique nationale VAVISA 2026 (Vie Affective et Violences Sexuelles à l’Adolescence), qui apporte un éclairage particulièrement préoccupant sur les violences sexuelles et l’exploitation sexuelle auxquelles sont confrontés des adolescents et de jeunes adultes.

Réalisée entre le 9 mars et le 9 juin 2026 auprès de jeunes âgés de 15 à 21 ans, en France hexagonale et dans les territoires ultramarins, cette enquête s’inscrit dans le cadre de la mesure 20 du Plan de lutte contre les violences faites aux enfants 2023-2027. Elle a été élaborée par l’association Contre les Violences sur Mineurs (CVM), avec le soutien de la Direction générale de la cohésion sociale (DGCS), en collaboration avec Sorbonne Université, l’Inserm, l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) et Ipsos BVA.

Au total, 2 556 jeunes ont participé à cette enquête nationale : 2 269 âgés de 18 à 21 ans et 287 âgés de 15 à 17 ans.

Les réponses recueillies permettent de mieux comprendre leurs expériences, leurs représentations et les réalités auxquelles ils peuvent avoir été confrontés.

Et force est de constater que les résultats, qui mettent en évidence certaines situations susceptibles d’affecter durablement le parcours personnel, affectif et psychologique des jeunes concernés, sont particulièrement préoccupants.

C’est précisément dans ce contexte que l’action de l’association Contre les Violences sur Mineurs (CVM) prend tout son sens. Engagée dans la prévention des violences faites aux enfants et aux jeunes, elle œuvre notamment à améliorer leur repérage et leur prise en charge, en développant des actions de recherche, de sensibilisation, de formation et de création d’outils à destination des professionnels et des institutions.

Mais revenons sur les résultats de cette enquête, dont les enseignements méritent que l’on s’y attarde.

En matière de prévalence des violences sexuelles

  • 63,3 % des jeunes de 18 à 21 ans déclarent avoir subi au moins un acte de violence sexuelle au cours de leur vie.
  • 47 % des 15-17 ans déclarent également avoir été confrontés à de telles violences.
  • 22 % des 18-21 ans rapportent des faits relevant de la qualification de viol.

Des agissements qui ne sont pas sans conséquences sur la santé mentale et physique, les violences sexuelles laissant la plupart du temps des traces profondes et durables.

L’enquête met d’ailleurs en évidence des problèmes de santé et des troubles psychologiques chez une partie importante des jeunes interrogés. Elle souligne également la fréquence des indicateurs de risque suicidaire, particulièrement préoccupants chez les 18-21 ans.

Concernant la pornographie et les cyberviolences, les jeunes sont visiblement exposés très tôt :

  • 88 % des 18-21 ans et 69 % des 15-17 ans déclarent avoir été exposés à la pornographie.
  • L’âge moyen du premier visionnage est de 13 ans.
  • 46 % des 18-21 ans déclarent avoir reçu des contenus sexuels non souhaités en ligne.

Ces données soulignent le rôle et l’importance du numérique dans les expériences et les risques auxquels les jeunes sont exposés.

L’un des enseignements les plus douloureux de cette enquête concerne les violences commises au sein même de la famille.

  • 8,9 % des 18-21 ans déclarent avoir subi de l’inceste et/ou des violences sexuelles intrafamiliales.
  • L’âge moyen auquel ces violences sont survenues est de 9 ans.

Les cousins ou cousines figurent parmi les auteurs fréquemment mentionnés dans les situations intrafamiliales.

Quant aux données relatives aux actes sexuels subis sans consentement, elles font apparaître que :

  • 37,1 % des 18-21 ans déclarent avoir déjà vécu un acte sexuel sans en avoir envie.
  • 21,9 % rapportent des faits que l’enquête classe dans la catégorie des violences relevant de la qualification de viol.

Ces résultats rappellent combien la notion de consentement demeure essentielle et combien les circonstances dans lesquelles se déroulent certaines expériences sexuelles doivent être prises en considération.

L’enquête met également en lumière les risques d’exploitation sexuelle auxquels certains jeunes sont confrontés.

Selon les données relevées dans la synthèse de cette enquête :

  • 5,3 % des jeunes déclarent avoir reçu une contrepartie en échange d’un acte ou d’un contenu sexuel.
  • 17 % pourraient envisager une telle situation.
  • 24,3 % déclareraient connaître une personne ayant vécu une situation d’exploitation sexuelle.

Les jeunes ayant connu d’autres formes de violences ou se trouvant dans des situations de vulnérabilité apparaissent particulièrement exposés.

Des inégalités face aux violences sont également constatées.

Les jeunes des territoires ultramarins présentent des niveaux de victimisation qui méritent une attention particulière, notamment au regard de la précocité de certaines violences.

Les jeunes bénéficiant d’un accompagnement social ou présentant un handicap figurent également parmi les populations les plus vulnérables.

En marge des violences parfois subies, on ne peut ignorer celles qui sont parfois exercées et qui trouvent également leur place dans l’enquête, laquelle s’intéresse aux comportements des jeunes qui ont pu commettre des actes de violence sexuelle.

Cette dimension est importante. Elle souligne que la prévention ne peut se limiter à la seule protection des victimes et doit permettre de mieux comprendre les comportements des auteurs, de les responsabiliser et d’intervenir suffisamment tôt pour éviter que de telles violences ne se reproduisent.

Il est vrai que la parole des victimes constitue un enjeu essentiel lorsqu’on découvre que 71 % des jeunes victimes déclarent avoir parlé des violences subies. Toutefois, cette parole se tourne principalement vers les amis et l’entourage proche. Quant au recours aux professionnels, on mesure à quel point il demeure un enjeu majeur pour améliorer l’accompagnement et la prise en charge des victimes.

Si pouvoir parler constitue une première étape, encore faut-il que les jeunes qui osent le faire trouvent des interlocuteurs capables de les écouter, de les protéger et de les accompagner.

PRÉVENIR, ACCOMPAGNER ET PROTÉGER : DES PRIORITÉS INCONTOURNABLES

Face à ces constats, il serait évidemment insuffisant de se limiter au sombre tableau des violences auxquelles une partie de la jeunesse se trouve confrontée.

Fort heureusement, différentes initiatives et pistes d’action existent. Elles s’articulent autour de plusieurs priorités destinées à mieux prévenir les violences, à accompagner les victimes et à responsabiliser l’ensemble des acteurs concernés.

La prévention commence par la possibilité d’aborder librement et sans tabou les questions relatives à la sexualité, au consentement et aux violences. Elle passe notamment par l’implication des familles, mais également par la sensibilisation et la formation du corps enseignant, dans les établissements scolaires comme dans les universités. Les enseignants peuvent en effet jouer un rôle essentiel dans le repérage de situations préoccupantes, l’écoute des jeunes et leur orientation vers des professionnels compétents, dûment accrédités.

Mais les familles doivent avant tout disposer de repères et d’outils leur permettant d’engager le dialogue avec les enfants et les adolescents.

Parallèlement, la formation des professionnels en contact avec les jeunes, notamment ceux qui interviennent auprès de publics vulnérables, constitue un enjeu essentiel pour améliorer le repérage des situations à risque et l’accueil des victimes.

Mieux prendre en compte et expliquer les risques liés au numérique apparaît primordial, tant Internet et les réseaux sociaux occupent aujourd’hui une place importante dans la vie des adolescents.

Ces moyens d’information et de communication constituent en effet des espaces où peuvent se développer différentes formes de violences : exposition précoce à la pornographie, diffusion non consentie de contenus intimes, sollicitations sexuelles, menaces et sextorsion.

La prévention doit donc permettre aux jeunes d’acquérir des repères solides concernant le consentement, le respect de l’autre et les risques auxquels ils peuvent être exposés, aussi bien en ligne que dans leur vie quotidienne.

Les adolescents et les jeunes adultes ne doivent pas être considérés uniquement comme des victimes potentielles. Ils doivent aussi pouvoir devenir des acteurs de la prévention, capables de reconnaître des situations inacceptables, de réagir face à des comportements violents et d’alerter lorsqu’ils en sont témoins.

Favoriser leur parole, leur responsabilisation et leur participation aux actions de sensibilisation constitue ainsi une dimension essentielle de la lutte contre les violences sexuelles.

Mais cette prévention doit s’accompagner de dispositifs accessibles permettant aux victimes d’être entendues, protégées et prises en charge dans la durée.

BRISER LE SILENCE POUR MIEUX PROTÉGER

Que Women eLife, magazine féminin indépendant ouvert sur le monde, se fasse aujourd’hui l’écho de cette enquête et donne à voir des réalités auxquelles une partie de la jeunesse se trouve confrontée ne peut aujourd’hui véritablement surprendre.

Pourtant, les résultats de VAVISA 2026 rappellent combien les violences sexuelles et l’exploitation sexuelle demeurent des préoccupations majeures, dont les conséquences peuvent profondément affecter le parcours des jeunes.

Porter ces réalités à la connaissance du plus grand nombre, c’est aussi contribuer à briser un silence qui laisse trop souvent les victimes seules face à leurs souffrances.

C’est pourquoi Women eLife défend l’idée essentielle que ces jeunes puissent être entendus, accompagnés et protégés, et que les moyens de prévention et de prise en charge soient à la hauteur des enjeux.

Parce qu’aucun enfant, aucun adolescent et aucun jeune adulte ne devrait avoir à subir de telles violences, ni à en porter seul les conséquences.

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