Numéro un mondiale féminine d’échecs pendant plus d’un quart de siècle et seule femme à avoir intégré le Top 10 mondial toutes catégories, Judit Polgár s’est vue proposer, ce lundi 20 juillet, par le Premier ministre hongrois Péter Magyar, de prendre la présidence de la République hongroise — une fonction actuellement exercée par Ágnes Forsthoffer à titre intérimaire.
À 49 ans, la championne jouit d’une notoriété exceptionnelle dans son pays. Face à elle se dresse Tamás Sulyok, un proche de l’ancien Premier ministre nationaliste Viktor Orbán, élu par le Parlement en 2024.
Judit Polgár part néanmoins avec un avantage certain. Première femme à avoir fait tomber les plus grands maîtres masculins — dont Garry Kasparov en 2002 —, elle incarne un symbole fort. En lui faisant cette proposition, Péter Magyar a d’ailleurs affirmé : « Notre pays a besoin d’unité, de paix et d’un président dont tous les Hongrois puissent être fiers. »
Depuis son retrait des compétitions en 2014, Polgár s’est consacrée à l’éducation et à la promotion des échecs chez les jeunes. Cet engagement lui vaut une image consensuelle et transpartisane au sein de la société hongroise. Mais si la championne ne fait l’objet d’aucune opposition personnelle majeure, cette annonce survient dans un climat politique particulièrement tendu.
La réforme constitutionnelle ayant mené au départ de Tamás Sulyok est vivement contestée. Le Fidesz de Viktor Orbán dénonce une mesure « autocratique », tandis que des organisations de défense des droits humains expriment leurs réserves. Orbán parle de « tyrannie », alors que Sulyok accuse le parti Tisza de Péter Magyar de porter atteinte à l’État de droit.
Souvent comparée à l’héroïne de la série à succès Le Jeu de la dame — dont elle avait salué en 2020 le réalisme —, Judit Polgár sait mieux que quiconque que la Dame est la pièce la plus puissante du plateau. En acceptant cette mise en lumière, elle vient de marquer un tempo décisif : un coup qui gagne du temps en contraignant l’adversaire à la défensive.
En Hongrie, si le chef de l’État est le commandant en chef des armées, la fonction demeure essentiellement représentative. Si elle accédait à la présidence, Judit Polgár emboîterait le pas à d’autres figures de la discipline passées de l’échiquier à la politique, à l’image de la Grand Maître internationale Viktorija Čmilytė, devenue présidente du Parlement lituanien.
Reste à savoir si l’icône du jeu d’échecs est prête à mener cette partie politique complexe jusqu’à l’adoption de la nouvelle Constitution.
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