On peine à le croire. Pourtant, c’est une réalité ! Alors que les projecteurs du monde entier étaient braqués hier sur le Forum de Davos, guettant la moindre déclaration de Donald Trump sur le Groenland, une information capitale pour nos sociétés s’est trouvée éclipsée. Reléguée au second plan par le vacarme géopolitique, la teneur du rapport annuel du Haut Conseil à l’Égalité (HCE) publié ce même jour a été, pour ainsi dire, court-circuitée.
Ce télescopage médiatique est d’autant plus troublant qu’il occulte un paradoxe frappant. Alors que le HCE dresse un état des lieux alarmant du sexisme en France, l’association « Elles bougent » émettait un communiqué enthousiaste. On y annonce la prochaine 14ᵉ édition du Forum Réseaux et Carrières au Féminin, début février, un événement placé sous le haut patronage du ministère de l’Industrie, visant la mise en relation de milliers de jeunes femmes en formation ou récemment diplômées avec 115 entreprises des secteurs industriel et technologique. L’objectif de ladite association consistant à valoriser les talents féminins et accélérer la mixité dans des secteurs clés en pleine transformation et à forts besoins de recrutement.
À première vue, ce communiqué est une bouffée d’oxygène puisqu’il laisse entendre que le sexisme est une vieille lune, une pratique dépassée, et que les portes des entreprises s’ouvrent enfin aux talents, sans distinction de genre. L’occasion d’inviter toutes celles qui ne s’en laissent pas conter, et sont déterminées à s’engager professionnellement dans des filières prêtes à recueillir leurs candidatures à cliquer sur ce lien https://www.ellesbougent.com/actions/grands-rendez-vous/forum-reseaux-carrieres-au-feminin-14e-edition-35/
Pourtant, la lecture du quatrième rapport du Haut Conseil à l’Égalité entre hommes et femmes, ne va pas sans provoquer un brutal sursaut. Dès que l’on plonge dans les cent pages du rapport du HCE — basé sur une enquête Toluna Harris Interactive auprès de 3 061 personnes — l’image d’une parité accomplie se fissure nettement. Et parfois, on tombe des nus.
Car le document ne se contente pas, à travers ses différents chapitres, de pointer des discriminations persistantes ; il dénonce deux formes de masculinisme qui constituent désormais une menace à l’ordre public et un enjeu de sécurité nationale.
C’est là que le contraste devient saisissant : d’un côté, on encourage les femmes à « oser » l’industrie et la technologie en tant que vitrine transparente et pleine d’avenir pour toutes et tous; de l’autre, on nous avertit que le socle même de notre société est miné par un sexisme hostile et radicalisé en termes de structure.
Peut-on réellement se satisfaire des obstacles rencontrés par la mixité si, parallèlement, le terrain que ces femmes s’apprêtent à fouler est identifié comme une zone de danger par les plus hautes instances de l’État ? Poser la question, c’est déjà souligner l’urgence de ne pas laisser ce rapport passer sous les radars.
En mettant l’accent sur un phénomène qui sévit dans notre pays, comme ailleurs dans le monde, le rapport fait état d’un sexisme bi-dimensionnel fondamentalement ambivalent reposant sur la coexistence de deux idéologies sexistes distinctes.
Il s’agit d’une part, d’un sexisme hostile véhiculant des attitudes ouvertement négatives, méprisantes et agressives envers les femmes, et d’autre part, d’un sexisme paternaliste, en apparence plus valorisant, mais en réalité fondé sur le stéréotype de femmes perçues comme des êtres fragiles, supposément dépendantes de la protection et de l’assistance des hommes.
Ces deux formes de sexisme concourent chacune à leur manière, à la reproduction des rôles traditionnels de genre et au maintien des inégalités entre les femmes et les hommes.
Bien que le sexisme hostile, comme le sexisme paternaliste, soit injustifiable et pénalement répréhensible, il est porté dans notre pays par 17 % de la population âgée d’au moins 15 ans, soit près de dix millions de personnes qui le plus souvent se réclament de droite ou d’extrême droite, voire « sans orientation politiques, », et majoritairement avec une orientation religieuse.
Présent chez 23 % d’hommes (presque un homme sur quatre) et environ 12 % de femmes, soit un peu plus de six millions d’hommes et trois millions et demi de femmes, le sexisme hostile est quant à lui observé dans toutes les tranches d’âge (à partir de 15 ans), et touche toutes les catégories socioprofessionnelles et tous les niveaux d’éducation.
Si l’actualité internationale a plus ou moins conduit à privilégier des informations dont on ne peut nier l’importance, il semble temps de soulever le capot et de regarder enfin ce moteur social qui visiblement connaît bien des ratés et défauts.
Ce que le HCE met en lumière, ce ne sont pas de simples éraflures sur la carrosserie de notre société, mais des défauts majeurs qui contribuent à son dysfonctionnement.
En examinant les chapitres du rapport — de l’éducation à la culture numérique en passant par la vie courante — on comprend que pour qu’un autre paradigme comportemental entre hommes et femmes s’instaure, dans l’univers privé comme professionnel, de nombreuses pièces du bloc moteur qui anime la société, méritent une attention particulière.
Pour palier les défauts récurrents, le constat impose la mise en oeuvre de moyens, qu’il s’agisse d’éducation dès le plus jeune âge, de structures adaptées destinées à apporter les aides nécessaires en cas de besoin, de stratégies entrepreneuriales, d’un souci d’harmonie dans le cadre d’un respect mutuel entre hommes et femmes …
Quoi qu’il en soit, une société développée qui veut aller de l’avant doit savoir refuser et condamner toutes les formes de discriminations. Women eLife reviendra ultérieurement plus précisément sur certains chapitres du rapport du HCE.
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