Les 22 et 23 octobre 2025, un évènement qui s’est déroulé en France, a pu échapper à votre sagacité. Or durant ces deux journées, la 4ème Conférence ministérielle des diplomaties féministes s’est tenue à Paris. Cet événement international a pour objectif de réaffirmer une détermination commune visant à défendre et promouvoir les droits des femmes et l’égalité de genre, sans accepter aucune régression. Mais de quoi est-il question ?
La diplomatie féministe a été officiellement lancée en Suède, dans la foulée des législatives de septembre 2014 par le gouvernement Löfven (centre-gauche), le premier à atteindre la parité hommes-femmes dans l’histoire du pays. Ce gouvernement fût du même coup le premier au monde à adopter publiquement une « politique extérieure féministe ». La ministre suédoise des affaires étrangères Margot Wallström, personnalité clé de ce virage politique, a notamment exercé à l’ONU en tant que représentante spéciale sur les violences sexuelles dans les conflits, à travers une politique féministe centrée sur le respect des droits humains s’articulant autour des 3 “R” : Rights, Representation and Resources.
Et en 2019, la France a été parmi les premiers pays à adopter officiellement une diplomatie féministe, faisant des droits des femmes et de l’égalité de genre une priorité de sa politique étrangère. Alors qu’une quinzaine de pays, à l’instar de l’Espagne, l’Allemagne, le Mexique, le Liberia, la Mongolie, le Canada, le Luxembourg notamment, partagent cet engagement, la dernière réunion des représentants d’une trentaine de pays, a permis aux Etats de poursuivre leurs échanges concernant la construction progressive d’une diplomatie attentive aux femmes.
Sans revenir sur la charte et la convention #JamaisSansElles, signée 16 septembre 2025, au Quai d’Orsay, en présence de nombreuses personnalités qui a officialisé un nouveau plan d’action en faveur de l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes, la diplomatie féministe a des grandes ambitions. Elle consiste à promouvoir l’égalité de genre et à en faire un enjeu prioritaire, dans tous les domaines de la politique étrangère (paix et sécurité, développement, gouvernance démocratique, action humanitaire, commerce, environnement, culture, santé, éducation, etc.)
Dans cet esprit, toutes les modalités de l’action diplomatique, bilatérale et multilatérale, ainsi que l’activité consulaire, sont concernées.
Déclinée dans la Stratégie internationale de la France pour une diplomatie féministe, lancée le 7 mars 2025, la diplomatie féministe française réaffirme ses priorités historiques telles que la promotion de l’égalité dans et par l’éducation ou la lutte contre toutes les formes d’inégalités et de violences. Elle renforce la défense des droits et santé sexuels et reproductifs, pierre angulaire de son action, et érige de nouvelles priorités, plaçant l’égalité de genre au cœur de sa réponse aux défis contemporains (numérique, climat etc.) et aux crises et conflits.
Mais au rythme actuel, il faudra, selon ONU Femmes, près de 300 ans pour atteindre l’égalité de genre, tant les défis sont nombreux et les progrès difficiles à obtenir.
Consciente de la montée des mouvements anti-droits et des conservatismes dans toutes les enceintes, la France doit poursuivre et renforcer son action engagée sur le sujet, en tenant compte de la multiplication des crises.
D’où la définition d’une nouvelle stratégie internationale pour une diplomatie féministe (2025-2030) prônée par la France qui se fixe de nouvelles ambitions.
Les droits des femmes et des filles, leurs libertés et l’égalité de genre sont portés et pleinement intégrés dans tous les champs d’action, à tous les niveaux de l’action internationale et européenne de la France sans exception. L’approche par les droits est réaffirmée et renforcée ; de nouveaux objectifs sont fixés pour répondre aux défis contemporains : crises et conflits, changement climatique, santé, finance internationale et commerce, numérique et intelligence artificielle. Cette stratégie internationale s’inscrit en cohérence avec les mesures du Plan interministériel pour l’égalité entre les femmes et les hommes 2023-2027 déployées à l’échelle nationale.
Toutefois, ces louables intentions ne peuvent masquer qu’en haut de l’édifice diplomatique mondial, jamais une femme n’a été nommée secrétaire générale de l’ONU. De plus, les fonctions diplomatiques et la gestion des affaires internationales, demeurent très largement détenues par des hommes. La diplomatie féminine apparaît donc encore en cette première moitié du XXIe siècle devoir s’armer de patience, et témoigner d’une détermination sans faille pour parvenir à s’inscrire comme un atout dans un monde en pleine ébullition en perte de repères, en quête de progrès et de paix.
Une meilleure représentativité des femmes à des postes clés au sein d’organisations publiques et privées, à l’échelle nationale comme internationale, ne saurait priver les hommes d’éminentes fonctions, mais offrirait vraisemblablement une plus juste répartition des rôles dans l’examen des problèmes rencontrés et des solutions susceptibles d’y remédier.
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