DES TATOUAGES POUR TOUT REMÈDE AUX VIOLENCES FAITES AUX FEMMES EN RUSSIE (Version intégrale)

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Alors que la guerre menée par la Russie en Ukraine conduit les Européens à demander un cessez-le-feu, et que ces derniers ont tenté d'obtenir du président américain rencontré cette semaine...

Alors que la guerre menée par la Russie en Ukraine conduit les Européens à demander un cessez-le-feu, et que ces derniers ont tenté d’obtenir du président américain rencontré cette semaine son plein soutien à cette fin, une conséquence gravissime récurrente apparaît au grand jour.

Il y a tout d’abord cette réalité décrite par le journal Rossiyskaya Gazeta qui précise qu’en Russie, environ 40% des crimes graves liés à la violence sont commis en famille. 93% des victimes de la violence domestique parmi les adultes, sont les femmes. Tous les jours, 36 000 femmes sont battues par leurs conjoints. Plus de 14 000 femmes par an sont tuées par un membre de la famille.

De plus, comme le souligne Russia Beyond, depuis l’invasion russe de l’Ukraine, le niveau des violences explose dans la société russe. Des ex-détenus graciés revenus du front commettent des crimes sordides, des soldats traumatisés s’en prennent à leurs proches. Or les femmes sont les premières victimes de ces violences, le statut de “héros » de cette guerre protégeant les agresseurs.

Selon le média indépendant russe Verstka, qui a recensé en avril les données disponibles sur les crimes commis par les anciens combattants revenus de l’Ukraine, au moins 107 personnes sont mortes et 100 ont survécu à des blessures graves. Parmi les hommes qui ont perpétré ces actes figurent 91 ex-détenus graciés et 84 autres combattants. Il est probable que le nombre réel de leurs crimes soit bien plus élevé : souvent, l’État et les médias passent sous silence le passé militaire des criminels.

Un statut de héros qui n’aide pas les femmes à se décider à porter plainte contre les hommes qui, revenus du front, les violentent. D’autant plus qu’une loi signée au début de la guerre, interdisant de “discréditer » l’armée russe, renforce ce statut.

D’après le Ministère de l’Intérieur, en 2024 la hausse de crimes “particulièrement graves » pourrait être un record depuis au moins 15 ans pour dépasser le seuil des 152 000 cas. En dépit de tout cela, les violences domestiques sont toujours sanctionnées par une simple amende (tant qu’elles n’ont pas causé de séquelles graves ni eu de précédent) depuis 2017, l’année de la dépénalisation des violences intra familiales. 

Quant au projet de loi pour prévenir les violences au sein d’une même famille, qui a été en discussion pendant plusieurs années, Ekaterina Prokhorova de Nasiliyu.net, ONG qui aide les victimes des violences intra familiales, pense qu’il ne pourra pas être adopté tant que durera l’invasion de l’Ukraine.  Avec pessimisme elle déclare : “Toute guerre est une époque de la manifestation au plus haut degré de la violence et de sa légalisation ».

Cette loi ne serait pas assez “traditionaliste » pour ses opposants, selon elle. Les forces conservatrices estiment qu’elle interférerait avec l’ordre patriarcal de la famille. Nina Ostanina, députée de la Douma et présidente du Conseil de la famille, des femmes et de l’enfance, affirme que les mères ont peur pour leurs enfants, et que les maris ont peur pour leurs femmes. Elle dénonce avec véhémence le fait que les ex-prisonniers revenus de la guerre représentent un “danger public ».

Mais la force la plus puissante qui depuis des années résiste à l’adoption de cette loi est l’Église orthodoxe russe. Selon Verstka, la décision de rejeter ce texte a été prise à la suite d’une demande “à titre personnel » du patriarche Cyrill à Vladimir Poutine.

La participation aux combats constitue une circonstance atténuante dans la majorité des cas, rapporte le média indépendant russe Vestka. Ainsi, à l’été 2023, Alexander Vlasov, rentré de la guerre en Ukraine après une blessure, a brûlé avec une cigarette la main de sa belle-fille, âgée de trois ans. Ce sont les médecins de l’hôpital où a été amenée l’enfant qui ont contacté la police. L’homme a été condamné à 7 000 roubles (70 euros) : la justice a estimé que sa médaille “Pour le courage » est une circonstance atténuante… ainsi que le fait qu’il ait acheté une pommade pour les brûlures. Des scènes bien plus atroces sont décrites par les victimes qui acceptent de témoigner de leurs souffrances.

D’après les données disponibles sur les crimes commis par les anciens combattants revenus de l’Ukraine, au moins 107 personnes sont mortes et 100 ont survécu à des blessures graves. Parmi les hommes qui ont perpétré ces actes figurent 91 ex-détenus graciés et 84 autres combattants. Il est probable que le nombre réel de leurs crimes soit bien plus élevé, bien que l’État et les médias passent sous silence le passé militaire des criminels.

La plupart des hommes qui ont pris part aux combats présentent des troubles anxieux ou des états dépressifs. Ces derniers peuvent également entraîner de la violence, couplés à la consommation de l’alcool ou de la drogue, auxquels les ex- combattants ont souvent recours pour faire face à leur mal-être.

Women eLife ne reprendra pas dans cette chronique en détail les atrocités commises par ces hommes dont la description touche aux films d’horreur.

Dmitri Kutovoï, de l’Association Russe des Psychiatres, souligne qu’en aucun cas, les femmes ne peuvent assurer la prise en charge psychologique de leurs maris revenus de la guerre. Il rappelle : “Elles sont dans une position vulnérable ! », avant d’ajouter qu’à l’inverse, ce sont elles qui devraient être aidées.

Et c’est là qu’intervient Evguenia Zakhar de Bachkirie (Oural méridional) qui réalise des tatouages sur les victimes de violences domestiques et apporte ainsi un remède en mesure de redonner aux victimes de violences l’espoir d’une nouvelle vie. Cette idée de venir en aide aux femmes lui est venue après avoir lu un article consacré à Flavia Carvalho, une Brésilienne qui réalise des tatouages pour camoufler les traces de coups.

En se livrant à l’art du tatouage, Evguenia a reçu des lettres de femmes jeunes ou d’âge mûr, calmes ou énervées, ayant un point en commun : la douleur. « Chacune de ces femmes disait qu’elle n’en pouvait plus de voir ses cicatrices rappelant le jour où son bien-aimé a levé la main sur elle » déclare t’elle.

Victime de coups de couteau par son mari, Victoria a demandé conseil à Evguenia pour masquer sa très vilaine cicatrice sur l’abdomen. C’est alors qu’il a été décidé de tatouer un papillon, symbole de la réincarnation chez de nombreux peuples. Bien que le prix de chacun des tatouages varie entre 33 et 66 euros, Evguenia refuse d’accepter de l’argent de la part de ces femmes. 

Celles à avoir jusqu’ici subi des actes d’une extrême violence de la part d’un proche, qu’il s’agisse d’un compagnon ou mari, et ont parfois frôlé la mort voire ont perdu l’enfant qu’elle portait en elle, sont nombreuses. Et restent marquées de profondes cicatrices sur leur corps.

C’est là qu’intervient le talent d’Evguenia Zakhar qui sait nouer une relation amicale avec les femmes victimes d’actes violents avant de procéder à des tatouages qui demeurent les seuls remèdes en mesure de surseoir voire de dissimuler les traces de tragiques évènements.

Les effets dévastateurs des guerres sont rédhibitoires. Et l’activiste russe Daria Serenko déclarait avec raison en 2023 : “Il y a un lien entre violences conjugales et guerre, entre violences domestiques et agression d’un autre pays. Ce qui se passe à la maison s’exporte ailleurs. » 

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