Women elfe, magazine féminin indépendant animé par un et non une journaliste, mesure à quel point, sa ligne éditoriale axée sur la promotion des idées , projets et actions de filles et femmes, dans tous les domaines, à l’échelle nationale et internationale, peut surprendre et ce titre tirée d’une déclaration interpeller.
Cette dernière extraite de l’interview accordée au Guardian par Carol Moseley Braun, âgée de 77 ans, permet de revenir sur son mandat historique de première sénatrice noire (1993 à 1999), au cours duquel elle a pris des initiatives législatives, notamment en faveur des agriculteurs, des droits civiques et des victimes de violences conjugales.
Lorsqu’elle affirme que le sexisme est plus difficile à combattre que le racisme, cette pionnière démocrate de l’Illinois juge que son parti est « dans le flou » quant à la manière de combattre Trump. Elle apporte également un certain nombre de précisions concernant son parcours qui éclairent la situation préoccupante qui prévaut entre autres aux États-Unis.
En dehors d’un incident avec l ‘ancien sénateur républicain Jesse Helms, une des figures du conservatisme américain pendant plusieurs décennies décédé en 2008, sur lequel elle revient, des remarques désobligeantes qui lui ont été adressées au cours de sa carrière politique, elle se fait l’écho.
Née à la fin des années 1940, pendant le baby-boom d’après-guerre, son acte de naissance la mentionnait « blanche » en raison du teint clair de sa mère et de la ségrégation raciale à l’hôpital, un détail qu’elle a ensuite officiellement corrigé. En 1966, à 19 ans, elle a participé à une manifestation pour les droits civiques menée par Martin Luther King qu’elle a admiré.
Moseley Braun a été la première de sa famille à obtenir un diplôme universitaire et l’une des rares femmes et étudiantes noires de sa promotion de droit, où elle a rencontré son futur mari. Dans les années 1970, elle a remporté de peu une élection à l’Assemblée générale de l’Illinois et est devenue la première femme afro-américaine à occuper le poste de chef adjointe de la majorité. Mais lorsqu’elle a planifié une campagne historique pour le Sénat, Moseley Braun s’est heurtée au scepticisme général.
Elle a néanmoins remporté la primaire démocrate de justesse, ébranlant l’establishment du parti, puis battu le républicain Richard Williamson aux élections générales. C’est ainsi qu’elle devint la première femme noire élue au Sénat et seulement la quatrième sénatrice noire de l’histoire.
Bien qu’elle n’ait effectué qu’un seul mandat avant d’être battue par Peter Fitzgerald, un jeune républicain, héritier d’une fortune bancaire familiale et fervent conservateur sur des questions comme le droit à l’avortement, cette défaite ne l’a pas empêchée de se présenter aux primaires démocrates pour la présidence en 2004. Mais faute de soutiens et de moyens, elle s’est trouvée confrontée à bien des critiques et quolibets du style : “Que fais-tu ici ? Pourquoi es-tu ici ? ou encore : « Ne te présente pas, tu ne peux pas gagner parce que tu n’es pas dans le coup et les portes ne s’ouvriront pas pour toi parce que tu es noire et parce que tu es une femme.”
Toutefois, Carol Moseley Braun se réjouit que des progrès aient été accomplis depuis l’élection d’Obama, puisque quatre femmes noires ont suivi ses traces au Sénat : Kamala Harris et Laphonza Butler de Californie, Angela Alsobrooks du Maryland et Lisa Blunt Rochester du Delaware.
Mais l’arrivée de Donald Trump a tout anéanti. Harris qu’elle a soutenue a quitté le Sénat pour devenir la première femme de couleur à occuper le poste de vice-présidente, puis a été candidate démocrate à la présidentielle après l’abandon de la candidature de Joe Biden. Moseley Braun commente : « Je pense qu’elle a fait du meilleur travail possible. Je l’ai soutenue autant que je le pouvais et je suis désolé qu’elle ait été si mal traitée et qu’elle ait perdu comme elle l’a fait. Il y a eu beaucoup de discussions sur la race et le genre auxquelles elle aurait dû être préparée, mais elle ne l’était pas. »
C’est là qu’un autre phénomène intervient ! Car selon Pew Research Donald Trump a exploité la « manosphère* » des podcasteurs et des influenceurs , ce qui lui a permis de conquérir 55 % des voix des hommes en 2024, contre 50 % en 2020. Moseley Braun estime que, si le pays a progressé sur le plan racial, notamment avec l’élection d’Obama comme premier président noir en 2008, il reste à la traîne en matière de genre. Un propos qui lui a valu quelques ennuis.
De plus, Moseley Braun constate que si la plupart des gens dans le monde sont habitués à voir des personnes de couleur occuper des postes de pouvoir, aux États-Unis, tel n’est pas le cas.
Elle souligne qu’au cours des six derniers mois, Trump a publié des décrets visant à restreindre ou à supprimer les initiatives en faveur de la diversité, de l’équité et de l’inclusion (DEI). Il a accusé sans fondement la DEI d’avoir compromis la sécurité aérienne après la collision mortelle d’un pilote d’hélicoptère de l’armée avec un avion de ligne. Pendant ce temps, Washington DC a démantelé la Black Lives Matter Plaza sous la pression des républicains au Congrès.
Moseley Braun reste convaincue que les Américains résisteront à l’autoritarisme et se déclare très optimiste, estimant que les gens valorisent la démocratie. Elle déclare : « S’ils reviennent aux valeurs qui sous-tendent notre démocratie, tout ira bien. J’espère que les gens ne se décourageront pas et ne se laisseront pas décourager par ce que fait cet homme. » Avant d’ajouter : « S’ils ne l’ont pas déjà fait, les habitants du centre du pays reconnaîtront bientôt qu’il s’agit d’une prise de pouvoir flagrante, qui ne vise qu’à lui faire fortune et à enrichir sa famille, et qui n’a rien à voir avec le bien commun. »
Quant à son voeu, un jour peut-être sera t’il exhaussé avec l’élection d’une femme noire à la présidence des États-Unis.
*Le terme manosphère désigne l’ensemble des communautés en ligne qui promeuvent de façon croissante des conceptions rigides et hostiles de la masculinité, tout en véhiculant l’idée fausse selon laquelle le féminisme et l’égalité des sexes se seraient construits au détriment des droits des hommes. Ces communautés valorisent le contrôle des émotions, la réussite matérielle, l’apparence physique et la domination – surtout envers les femmes – comme autant de critères qui définissent la valeur d’un homme. Bien que les groupes qui composent la manosphère n’adhèrent pas tous aux mêmes convictions, beaucoup se retrouvent dans leur misogynie, marquée par des préjugés et un ressentiment profond à l’égard des femmes et des filles. À bien des égards, la manosphère s’inscrit dans la continuité d’une longue tradition de mouvements antiféministes.
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